LE SEIGNEUR DES PORCHERIES
Tristan Egolf
Cela fait quelques années que ce livre traine dans ma PàL et, régulièrement, je remettais à plus tard sa lecture. Puis, au sortir de deux livres contemporains assez moyens, j’ai eu envie de lire quelque chose de plus fort. La promesse a été tenue.
John Kaltenbrunner est le fils d’une légende, Ford Kaltenbrunner, l’homme qui permit aux mineurs de Baker, une ville de la Corn Belt, de pouvoir travailler de façon continue. Mais, quelques jours avant qu’il ne lance une grève dans la mine, Ford trouve la mort. Sa femme va alors se réfugier dans la ferme familiale et va abandonner à peu près tout. De son coté et du haut de ses 8 ans, John va se lancer dans la modernisation de la ferme et va se mettre à l’agriculture comme un adulte, laissant de coté l’école qui ne lui apporte visiblement rien.
Malheureusement, un jour, la santé de sa mère va brusquement décliner et John, alors âgé de 15 ans, va devoir l’emmener à l’hôpital au volant d’une voiture qu’il ne devrait pas conduire. La suite ? Des soucis en pagaille, entre une tornade, un accident de la route et une condamnation pénale, les factures de l’hôpital et les vautours qui vont se mettre à tourner autour de sa mère comme ils le font autour de tous ceux qui vont perdre la vie, les femmes de l’église baptiste. Passées maitres dans l’art de piller le patrimoine des mourants, elles vont dépecer la ferme que John avait réussi à construire de ses mains d’enfant, menant John à un ultime acte de rébellion, qui le conduira en prison.
Ce livre est magistral. Très dur dans ses termes (l’auteur s’assimile aux acteurs de son livre et, en dépit de tout le dédain et de toute la critique qu’il peut émettre envers les représentants de cette Amérique prolétaire et fermée, il reprend les termes de ceux-ci), mais également très drôle par moment, toujours très touchant, ce livre présente une Amérique profonde, plus intéressée par la haine envers son voisin que par ses propres problèmes. De la découverte d’un squelette de mammouth à un match de basket apocalyptique, Tristan Egolf montre, dans ce premier livre, toute la force de son écriture. Juste, drôle et, en même temps, terriblement sombre notamment sur la question de l’être humain et de sa vision de la société ou, plus précisément, cet élément américain essentiel, la communauté.
Ici, personne n’est un héros et les gens ne sont remarquables que par la permanence de leur vision du monde et leur capacité à la mettre en œuvre, qu’elle que soit son impact sur les autres en général ou en particulier. Rien n’est épargné au personnage principal, dont on connait le destin dès le début du livre et son histoire démontre les limites de la société qui se prétend à la fois très individualiste et communautaire : la communauté n’a réellement d’importance que dans les jugements qu’elle porte sur les autres et, généralement, ce n’est pas dans un sens positif.
Très beau livre que je ne peux que conseiller aux rares qui ne l’ont pas encore lu.
En terme de jdr, cela me donne encore des influences sur un projet que je traine depuis plusieurs mois, à savoir faire jouer dans cet univers rural américain, des enquêtes, dans un milieu aussi particuliers que peuvent l'être les Appalaches dans les romans américains. Une sorte de Old Gods of Appalachia, mais sans le coté fantastique bien trop présent dans le jeu.