[CR] Pax elfica : et pour quelques elfes de plus
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Hubeuh
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- Inscription : mer. mars 16, 2005 9:24 pm
Re: [CR] Pax elfica : et pour quelques elfes de plus
Gamin, allez, viens ! C'est pour rire, gamin !
En fin d’après-midi, sentant qu’elle ne pourra pas faire grand-chose de plus, et que cela presse, Isolde attrape Magdalena, et elles se dirigent vers le Quartier des fuseaux, pour y enlever un enfant. Isolde a pris soin de quitter ses habits trop remarquables, comme la cape de fourrure aux armes de sa famille. De plus, elles ont l’alibi du mariage pour elles.
À l’adresse indiquée, deux enfaytés montent la garde, concentrés sur leurs lances. Le temps presse. S’ils sont là, c’est que les arindeäls ne vont pas tarder. Mais nos deux comparses ne vont pas entrer en force. Elles n’ont pas envie de grimper sur le toit, et la maison est flanquée de deux autres façades. Cependant, en faisant le tour, elles font face à une grille. Au milieu de la cour intérieure, sur laquelle donne le passage voûté, deux enfants jouent avec des craies. Isolde leur enjoint de venir, contre des bonbons. Étrangement, ils restent à une distance respectable.
Magdalena fronce les sourcils, et après réflexion, la grille préfère s’ouvrir. Isolde intimide les gens. Chacun son truc. Magdalena amadoue les gosses, qui lui avouent qu’ils ne sont pas Ludwig. C’est leur voisin, et il est puni parce qu’il a fait voler sa sœur (ce qu’ils trouvent absurde). D’ailleurs, elles le voient à la fenêtre leur faire coucou. Magdalena, avec de grands gestes, le convainc d’ouvrir la lucarne. Ses explications ont beau être claires, il n’a pas envie de sauter.
Isolde décide de se cacher au fond de la cour. Une louable intention, mais capturer la proie des arindeäls sans plus de précaution, alors qu’elles peuvent lire dans le passé des objets, et interroger magiquement les parents, risque fort de s’avérer problématique pour Magdalena, tôt ou tard.
La mère apparaît à la fenêtre, et écoute patiemment l’ex lanternière, inquiète, avant de se retirer. De longues minutes plus tard, la porte de derrière s’ouvre, et le père en sort. Il ne demande qu’à être convaincu. Il tient à son fils, mais il ne peut se résoudre à condamner le reste de sa famille. En lui promettant de cacher Ludwig et de le protéger, tout en montant la Résistance en graine, Magdalena obtient du pauvre homme qu’il leur abandonne son fils. Il s’enquerra régulièrement de sa santé, mais préfère ignorer où ils vont le cacher pour le moment.
Problème qui reste entier. Ludwig est pris en charge par la femme de Lenhart, techniquement protégé par le garde qui va devoir enquêter sur sa disparition...
Quelque grief qu’on ait contre le mariage, on ne saurait lui refuser d’être une expérience
Enfin, les convives arrivent. D’abord par petits paquets. Puis, comme s’ils s’étaient donnés le mot, et qu’ils n’était rien arrivé de fâcheux aux éclaireurs, le gros de la foule survient en cortège. Klaus cesse de retenir son souffle. Tout le monde est là, finalement, peu d’absents sur le nombre d’invités prévus. Est-ce que leur communication a pu faire oublier les évènements récents à l’auberge ? Ou bien sont-ils là pour observer un naufrage annoncé, avec des toasts et des vins pétillants ?
En effet, même si tout le monde est venu, l’ambiance est retenue, entre le défilé militaire elfique et un enterrement. Tanorivel s’installe avec son groupe de musiciens, et, avec l’aide de Janelle, tisse une histoire assez comique pour encourager les spectateurs à le rejoindre sur scène, ou à chanter en cœur. À mélanger les gens d’horizons différents, Tano parvient à briser la glace. Ils n’en sont pas encore à la chenille qui redémarre, mais on a quitté la musique de chambre.
Schäffer encourage Thelma à se lancer dans son numéro. Profitant que les mariés trinquent, elle ouvre son panier, d’où s’échappent de nombreux oiseaux, portant des rubans et des fleurs. D’autres passent par les soupiraux, et chantent en même temps, dans un merveilleux concert passériforme. Les mariés sont couronnés de fleurs, l’assistance a le souffle coupé par le tour.
Les jeunes dansent, passionnés, oubliant un moment les elfes ; les enfants munis de bretzels et de steckerlfisch se pourchassent dans les couloirs, poursuivis par des chiens ; les vieux squattent les rares chaises en éclusant comme si leur vie en dépendait. Et tous ces gens ont faim. C’est pourquoi Magdalena, aux cuisines, mal adaptées pour un grand service, doit se multiplier, et cumuler un grand nombre de tâches à la fois. Le manque de personnel se fait cruellement sentir, et elle n’a pas son laboratoire pour la soutenir. Cependant, elle s’en sort avec les honneurs, nourrissant les convives sans discontinuer.
Des groupes se forment, notamment dans le petit salon, de gens s’estimant trop précieux pour danser. Ils alternent messes basses et mots couverts par des allusions fines. Deux en particulier se démarquent.
Le premier est une assemblée élitiste de nobles désargentés. Invités à cause de leurs titres, ils sont une clientèle captive de la bourgeoisie qui domine l’assistance. En effet, nombre de nobles, surtout dotés de petits fiefs, ont perdu leurs terres aux mains des elfes, depuis qu’ils ont édicté les lois de l’automne. En se glissant derrière eux, Schäffer apprend qu’un temple va ouvrir ses portes. Étrangement, il ne s’agit pas du temple de Prayos, le dieu le plus connu en ville, mais de Perex. La nouvelle s’explique pourtant facilement, quand ont connaît son domaine, Perex étant dieu du commerce et des financiers (= voleurs). Ils regrettent que le clergé de Perex soit constitué exclusivement de néryonides. Ces étrangers n’auront pas de scrupules à n’engager que de la main d’œuvre importée, moins chère. Tous ces pauvres, différents, en ville, quelle abomination ! Sans surprise, leur racisme est tourné aussi vers les elfes, qu’ils respectent avec soumission de face, mais dont ils se moquent entre eux par derrière, Tanorivel inclus.
L’autre groupe qui fait bande à part est plus petit, constitué des époux Wilmer et Gretella Van Koester, du haut prêtre de Prayos Finsternis, du directeur local des Lanterniers Franz, et bien sûr de Friedrick Müller, le père du marié. Gretella est membre du Conseil des 8. Ils discutent à voix basse, tandis qu’Isolde se sert du personnel de l’auberge pour se mêler à eux. Elle met beaucoup de temps à comprendre de quoi il retourne. Paranoïaques, ils évitent d’aborder ce genre de sujet quand des étrangers s’approchent. Mais grâce à ses talents d’enquêtrice, aux diversions du service, et à l’anneau de discrétion enchanté par Magdalena, elle saisit la globalité de leur discussion.
Franz les a pris à partie, mécontent de son sort, alors qu’ils préféreraient en parler plus tard. Il estime trop payer pour le service reçu. Les époux Wilmer et Gretella van Koester sont à la tête d’un groupe d’entrepreneurs : le club des Cordeliers. Ces premiers de cordée, dont fait partie Friedrick, représentent l’Arland qui travaille, au lieu de se morfondre dans le dépit : la haute bourgeoisie. Ce seraient eux les principaux bénéficiaires de cette entente.
Leur plan implique d’abord le haut prêtre Finsternis. Celui-ci gère les interventions de son culte, là où les exorcismes sont nécessaires. Quand un prêtre de Prayos détecte une maison hantée, il le signale à sa hiérarchie. Finsternis ne donne la liste que des logements les plus pauvres.
Un membre important du Guet, dont le nom de code est « le Pêcheur », récupère les noms des habitants. Il va les voir, avec quelques hommes, et les expulse de chez eux, au prétexte que c’est dangereux. En attendant les prêtres, les désormais sans-abris sont forcés de compter sur sa générosité. Le Pêcheur les reloge dans des appartements privés, dans un autre quartier. Le confort minimal de ces locaux ne reflète pas du tout le tarif pratiqué par le pêcheur, qui exige une fortune en loyer. Et les exorcismes se font attendre. Rapidement, le Pêcheur propose aux démunis de travailler pour payer leurs loyers, souvent en double de leur travail normal, ou en embauchant leur famille. Ils servent de main d’œuvre forcée et presque gratuite pour le Club des cordeliers.
Dans ce schéma, Franz a deux rôles : au début, quand il utilise des substances alchimiques pour justifier les rumeurs de hantise, puis une fois que ces pauvres travaillent, pour les motiver ou les rendre plus efficaces, à l’aide de produits non testés ou dangereux. Le Pêcheur efface leurs traces.
Pour les 3 autres, Franz abuse. Les tarifs du Pêcheur sont raisonnables. En même temps, pour ce que Magdalena connaît du personnage, cela n’a rien d’étonnant. En tant que directeur des Lanterniers, Franz est connu pour son avidité bien plus que pour ses connaissances alchimiques. C’est lui qui maintient le prix du charbon des Steineheisse aussi haut.
Isolde ronge son frein, tout en cachant l’appareil eidolonique, qui a saisi assez de preuves pour les incriminer. Un indice de grande valeur, s’il devait être monnayé.
Encouragée par l’ambiance, la fête s’endiable un peu. Les convives chahutent, et crient. Les tentes sont prises d’assaut, et le couvre-feu est très modérément respecté. Voyant cela, Tanorivel laisse sa place, et emporte un plateau de bretzels, qu’il distribue aux voisins. Il tombe sur une petite vieille, madame Irma, qui vilipende les fêtards, auprès de son interlocuteur courtois, Belandir. Le sergent elfe s’occupe normalement des portes, mais elles sont fermées, à cette heure. Le bruit est infernal ! La rue est envahie par les carrosses ! Il faut consulter leurs burgerbriefs ! Tano est si patelin, et le gâteau tellement bon, qu’il retourne la vieille comme un gant, désormais toute miel. Si seulement ses petits enfants étaient aussi aimables que les elfes ! Elle en profite pour expliquer sa recette de petits fours à Belandir, que Tano abandonne, poliment fusillé par son regard.
Droit de cuistrerie
Fier comme un paon, et légèrement éméché, Friedrick prononce un trop long discours exalté sur la « bonne société de Brenhaven » à laquelle il lie sa famille aujourd’hui. Tout à l’évocation de sa richesse et à la promotion de sa minoterie, il en oublie presque de faire l’éloge de son fils. Il finit par être tiraillé par sa femme, et comprenant où elle voulait en venir, il saisit Tobias, qu’il arbore devant l’assemblée, vantant sa gauloiserie et sa virilité. Il annonce même ne pas douter d’un prochain enfant.
Tano voit, bien sûr, que Tobias n’en mène pas large. Pour Birgit, qui a déjà vécu un mariage, et qui n’a plus grand-chose à faire de sa réputation de femme, les paillardises du public la laissent froide. Pour Tobias, le stress déjà grand le fait plonger dans la cruche. Il se ressert hardiment du vin, alors qu’il en a eu sa dose. Il adopte un teint gris pâle.
Mais c’est alors que Tobias aperçoit quelque chose de bien pire ! La décoration en pierre représentant un blason des Müller, attachée au mur du manoir, est en train de se détacher. Et alors que les regards sont concentrés sur ce groupe, Friedrick risque de périr aplati par la propre marque de ses privilèges. Sachant que les Müller ne sont que des bourgeois, et donc que leur blason reste scandaleux pour une partie de la noblesse, la blessure causée par la chute ne serait qu’une égratignure, comparée aux moqueries. Avec diligence et talent, Magdalena solidifie le mur d’une altération magique, sans que qui que ce soit ne le remarque.
Tano se rapproche de Tobias pour lui remonter le moral discrètement, quand les portes du manoir s’ouvrent avec fracas. Ceux que l’on n’attendait pas entrent dans le grand salon. Une escorte d’une dizaine d’archers elfes reste dehors. Un cortège de nobles flagorneurs accompagne Alasaril, le doyen des elfes naria. En majesté, il porte une splendide cape de plumes, qui, avec son maquillage émeraude, et son diadème étoilé, ne parviennent pas à le rendre ridicule. Son ton de voix, doux comme un félin, et aimable comme un serpent, y sont sans doute pour quelque chose. Comme si soudainement, l’assemblée se rappelait de quelque chose d’urgent, nombreux sont ceux qui changent de salle, ou fuient vers le jardin. Isolde en profite pour embarquer Janelle discrètement.
Alasaril reproche à Friedrick de ne pas l’avoir invité. Il est impatient d’en apprendre plus sur les coutumes des mortels, car il n’a jamais assisté à l’un de leurs mariages. Friedrick, terrifié, tiraille sa fraise, et s’avisant d’un fauteuil, en chasse l’un de ses aïeuls, pour le confort du doyen. Tano essaie tant bien que mal de ménager une ambiance qui puisse plaire à ses messieurs dames aux oreilles pointues, mais il s’aperçoit qu’ils sont abominablement difficiles.
D’ailleurs, Alasaril réclame du nectar féerique, ou, au pire, de l’hydromel d’acacia. Tout le monde a cela sur une étagère. Magdalena improvise un cocktail avec les moyens du bord, et surtout sa substance alchimique qui donne bon goût à n’importe quoi. Elle se surpasse, en y ajoutant ses meilleurs ingrédients, et Alasaril lui-même doit admettre que certains breuvages des mortels ont un goût pas complètement désagréable. Par contre, il requiert ensuite du rôti de bête éclipsante, ou, au pire, une brochette de striges, et le pauvre paysan qui s’est retrouvé à ne pas pouvoir le servir a gagné des cours de cuisine chez les elfes. Dont la durée n’est pas spécifiée.
Petit à petit, la fête reprend, mais elle ne sera plus la même. Comme si le dégrisement causé par l’irruption aurait semblé trop ambitieux à combler par l’alcool disponible. Les gens désertent lentement les lieux, et c’est tout naturellement que Tobias et Birgit vont saluer la salle. Mais Alasaril, prestement, les devance. Avant qu’ils puissent parler, le doyen elfe annonce vouloir expérimenter une coutume mortelle : le droit de cuissage. Il souhaite ardemment profiter de la première nuit. Friedrick lui tend la main de Birgit, mais cela semble le dégoûter. Il préfère plutôt celle de Tobias. Isolde s’approche, et lui révèle que c’est une loi tombée en désuétude depuis longtemps. Alasaril est vaguement gêné. Peut-être qu’on contrarie ses plans, ou même simplement vexé d’être pris en défaut sur un sujet qui lui tient à cœur. Schäffer renchérit : les mortels ont souvent des maladies, qui peuvent être fatales aux elfes.
Tano imagine Alasaril au lit avec Tobias, surprenant son tatouage lié à la Thanatocratie. Il se dépêche de chuchoter à l’oreille de son amant les phrases les plus dégoûtantes qui lui viendraient à l’esprit. Tobias, déjà complètement barbouillé, ne tarde pas à dégobiller tripes et boyaux. Malgré une envie difficile à réprimer, Tano oriente Tobias vers les rideaux plutôt que vers le doyen verdoyant. Dégoûté, Alasaril remercie Schäffer de l’avoir averti, et couvre son nez d’un mouchoir parfumé. Suivi de sa cour, il quitte les lieux séance tenante, d’une retraite ordonnée, mais frustrée, embaumant la violette soufrée.
Alors qu’Isolde pense à la facture de nettoyage de sa baraque, Friedrick, bien que cela lui coûte terriblement, se doit de les remercier. Klaus en profite pour valider le devis, que le meunier règle rubis sur l’ongle, dès le lendemain matin. Nos résistants sont riches, et ils profitent de leur notoriété pour lancer des chantiers aménageant l’auberge, et engager du personnel spécialisé. La restauration de la brasserie est leur premier choix, suivi de la rénovation des chambres inutilisées. Ils y adjoignent une armurerie dans l’ancien atelier, pour améliorer la pugnacité de leur groupe, et un potager pouvant fournir des épices rares.
En fin d’après-midi, sentant qu’elle ne pourra pas faire grand-chose de plus, et que cela presse, Isolde attrape Magdalena, et elles se dirigent vers le Quartier des fuseaux, pour y enlever un enfant. Isolde a pris soin de quitter ses habits trop remarquables, comme la cape de fourrure aux armes de sa famille. De plus, elles ont l’alibi du mariage pour elles.
À l’adresse indiquée, deux enfaytés montent la garde, concentrés sur leurs lances. Le temps presse. S’ils sont là, c’est que les arindeäls ne vont pas tarder. Mais nos deux comparses ne vont pas entrer en force. Elles n’ont pas envie de grimper sur le toit, et la maison est flanquée de deux autres façades. Cependant, en faisant le tour, elles font face à une grille. Au milieu de la cour intérieure, sur laquelle donne le passage voûté, deux enfants jouent avec des craies. Isolde leur enjoint de venir, contre des bonbons. Étrangement, ils restent à une distance respectable.
Magdalena fronce les sourcils, et après réflexion, la grille préfère s’ouvrir. Isolde intimide les gens. Chacun son truc. Magdalena amadoue les gosses, qui lui avouent qu’ils ne sont pas Ludwig. C’est leur voisin, et il est puni parce qu’il a fait voler sa sœur (ce qu’ils trouvent absurde). D’ailleurs, elles le voient à la fenêtre leur faire coucou. Magdalena, avec de grands gestes, le convainc d’ouvrir la lucarne. Ses explications ont beau être claires, il n’a pas envie de sauter.
Isolde décide de se cacher au fond de la cour. Une louable intention, mais capturer la proie des arindeäls sans plus de précaution, alors qu’elles peuvent lire dans le passé des objets, et interroger magiquement les parents, risque fort de s’avérer problématique pour Magdalena, tôt ou tard.
La mère apparaît à la fenêtre, et écoute patiemment l’ex lanternière, inquiète, avant de se retirer. De longues minutes plus tard, la porte de derrière s’ouvre, et le père en sort. Il ne demande qu’à être convaincu. Il tient à son fils, mais il ne peut se résoudre à condamner le reste de sa famille. En lui promettant de cacher Ludwig et de le protéger, tout en montant la Résistance en graine, Magdalena obtient du pauvre homme qu’il leur abandonne son fils. Il s’enquerra régulièrement de sa santé, mais préfère ignorer où ils vont le cacher pour le moment.
Problème qui reste entier. Ludwig est pris en charge par la femme de Lenhart, techniquement protégé par le garde qui va devoir enquêter sur sa disparition...
Quelque grief qu’on ait contre le mariage, on ne saurait lui refuser d’être une expérience
Enfin, les convives arrivent. D’abord par petits paquets. Puis, comme s’ils s’étaient donnés le mot, et qu’ils n’était rien arrivé de fâcheux aux éclaireurs, le gros de la foule survient en cortège. Klaus cesse de retenir son souffle. Tout le monde est là, finalement, peu d’absents sur le nombre d’invités prévus. Est-ce que leur communication a pu faire oublier les évènements récents à l’auberge ? Ou bien sont-ils là pour observer un naufrage annoncé, avec des toasts et des vins pétillants ?
En effet, même si tout le monde est venu, l’ambiance est retenue, entre le défilé militaire elfique et un enterrement. Tanorivel s’installe avec son groupe de musiciens, et, avec l’aide de Janelle, tisse une histoire assez comique pour encourager les spectateurs à le rejoindre sur scène, ou à chanter en cœur. À mélanger les gens d’horizons différents, Tano parvient à briser la glace. Ils n’en sont pas encore à la chenille qui redémarre, mais on a quitté la musique de chambre.
Schäffer encourage Thelma à se lancer dans son numéro. Profitant que les mariés trinquent, elle ouvre son panier, d’où s’échappent de nombreux oiseaux, portant des rubans et des fleurs. D’autres passent par les soupiraux, et chantent en même temps, dans un merveilleux concert passériforme. Les mariés sont couronnés de fleurs, l’assistance a le souffle coupé par le tour.
Les jeunes dansent, passionnés, oubliant un moment les elfes ; les enfants munis de bretzels et de steckerlfisch se pourchassent dans les couloirs, poursuivis par des chiens ; les vieux squattent les rares chaises en éclusant comme si leur vie en dépendait. Et tous ces gens ont faim. C’est pourquoi Magdalena, aux cuisines, mal adaptées pour un grand service, doit se multiplier, et cumuler un grand nombre de tâches à la fois. Le manque de personnel se fait cruellement sentir, et elle n’a pas son laboratoire pour la soutenir. Cependant, elle s’en sort avec les honneurs, nourrissant les convives sans discontinuer.
Des groupes se forment, notamment dans le petit salon, de gens s’estimant trop précieux pour danser. Ils alternent messes basses et mots couverts par des allusions fines. Deux en particulier se démarquent.
Le premier est une assemblée élitiste de nobles désargentés. Invités à cause de leurs titres, ils sont une clientèle captive de la bourgeoisie qui domine l’assistance. En effet, nombre de nobles, surtout dotés de petits fiefs, ont perdu leurs terres aux mains des elfes, depuis qu’ils ont édicté les lois de l’automne. En se glissant derrière eux, Schäffer apprend qu’un temple va ouvrir ses portes. Étrangement, il ne s’agit pas du temple de Prayos, le dieu le plus connu en ville, mais de Perex. La nouvelle s’explique pourtant facilement, quand ont connaît son domaine, Perex étant dieu du commerce et des financiers (= voleurs). Ils regrettent que le clergé de Perex soit constitué exclusivement de néryonides. Ces étrangers n’auront pas de scrupules à n’engager que de la main d’œuvre importée, moins chère. Tous ces pauvres, différents, en ville, quelle abomination ! Sans surprise, leur racisme est tourné aussi vers les elfes, qu’ils respectent avec soumission de face, mais dont ils se moquent entre eux par derrière, Tanorivel inclus.
L’autre groupe qui fait bande à part est plus petit, constitué des époux Wilmer et Gretella Van Koester, du haut prêtre de Prayos Finsternis, du directeur local des Lanterniers Franz, et bien sûr de Friedrick Müller, le père du marié. Gretella est membre du Conseil des 8. Ils discutent à voix basse, tandis qu’Isolde se sert du personnel de l’auberge pour se mêler à eux. Elle met beaucoup de temps à comprendre de quoi il retourne. Paranoïaques, ils évitent d’aborder ce genre de sujet quand des étrangers s’approchent. Mais grâce à ses talents d’enquêtrice, aux diversions du service, et à l’anneau de discrétion enchanté par Magdalena, elle saisit la globalité de leur discussion.
Franz les a pris à partie, mécontent de son sort, alors qu’ils préféreraient en parler plus tard. Il estime trop payer pour le service reçu. Les époux Wilmer et Gretella van Koester sont à la tête d’un groupe d’entrepreneurs : le club des Cordeliers. Ces premiers de cordée, dont fait partie Friedrick, représentent l’Arland qui travaille, au lieu de se morfondre dans le dépit : la haute bourgeoisie. Ce seraient eux les principaux bénéficiaires de cette entente.
Leur plan implique d’abord le haut prêtre Finsternis. Celui-ci gère les interventions de son culte, là où les exorcismes sont nécessaires. Quand un prêtre de Prayos détecte une maison hantée, il le signale à sa hiérarchie. Finsternis ne donne la liste que des logements les plus pauvres.
Un membre important du Guet, dont le nom de code est « le Pêcheur », récupère les noms des habitants. Il va les voir, avec quelques hommes, et les expulse de chez eux, au prétexte que c’est dangereux. En attendant les prêtres, les désormais sans-abris sont forcés de compter sur sa générosité. Le Pêcheur les reloge dans des appartements privés, dans un autre quartier. Le confort minimal de ces locaux ne reflète pas du tout le tarif pratiqué par le pêcheur, qui exige une fortune en loyer. Et les exorcismes se font attendre. Rapidement, le Pêcheur propose aux démunis de travailler pour payer leurs loyers, souvent en double de leur travail normal, ou en embauchant leur famille. Ils servent de main d’œuvre forcée et presque gratuite pour le Club des cordeliers.
Dans ce schéma, Franz a deux rôles : au début, quand il utilise des substances alchimiques pour justifier les rumeurs de hantise, puis une fois que ces pauvres travaillent, pour les motiver ou les rendre plus efficaces, à l’aide de produits non testés ou dangereux. Le Pêcheur efface leurs traces.
Pour les 3 autres, Franz abuse. Les tarifs du Pêcheur sont raisonnables. En même temps, pour ce que Magdalena connaît du personnage, cela n’a rien d’étonnant. En tant que directeur des Lanterniers, Franz est connu pour son avidité bien plus que pour ses connaissances alchimiques. C’est lui qui maintient le prix du charbon des Steineheisse aussi haut.
Isolde ronge son frein, tout en cachant l’appareil eidolonique, qui a saisi assez de preuves pour les incriminer. Un indice de grande valeur, s’il devait être monnayé.
Encouragée par l’ambiance, la fête s’endiable un peu. Les convives chahutent, et crient. Les tentes sont prises d’assaut, et le couvre-feu est très modérément respecté. Voyant cela, Tanorivel laisse sa place, et emporte un plateau de bretzels, qu’il distribue aux voisins. Il tombe sur une petite vieille, madame Irma, qui vilipende les fêtards, auprès de son interlocuteur courtois, Belandir. Le sergent elfe s’occupe normalement des portes, mais elles sont fermées, à cette heure. Le bruit est infernal ! La rue est envahie par les carrosses ! Il faut consulter leurs burgerbriefs ! Tano est si patelin, et le gâteau tellement bon, qu’il retourne la vieille comme un gant, désormais toute miel. Si seulement ses petits enfants étaient aussi aimables que les elfes ! Elle en profite pour expliquer sa recette de petits fours à Belandir, que Tano abandonne, poliment fusillé par son regard.
Droit de cuistrerie
Fier comme un paon, et légèrement éméché, Friedrick prononce un trop long discours exalté sur la « bonne société de Brenhaven » à laquelle il lie sa famille aujourd’hui. Tout à l’évocation de sa richesse et à la promotion de sa minoterie, il en oublie presque de faire l’éloge de son fils. Il finit par être tiraillé par sa femme, et comprenant où elle voulait en venir, il saisit Tobias, qu’il arbore devant l’assemblée, vantant sa gauloiserie et sa virilité. Il annonce même ne pas douter d’un prochain enfant.
Tano voit, bien sûr, que Tobias n’en mène pas large. Pour Birgit, qui a déjà vécu un mariage, et qui n’a plus grand-chose à faire de sa réputation de femme, les paillardises du public la laissent froide. Pour Tobias, le stress déjà grand le fait plonger dans la cruche. Il se ressert hardiment du vin, alors qu’il en a eu sa dose. Il adopte un teint gris pâle.
Mais c’est alors que Tobias aperçoit quelque chose de bien pire ! La décoration en pierre représentant un blason des Müller, attachée au mur du manoir, est en train de se détacher. Et alors que les regards sont concentrés sur ce groupe, Friedrick risque de périr aplati par la propre marque de ses privilèges. Sachant que les Müller ne sont que des bourgeois, et donc que leur blason reste scandaleux pour une partie de la noblesse, la blessure causée par la chute ne serait qu’une égratignure, comparée aux moqueries. Avec diligence et talent, Magdalena solidifie le mur d’une altération magique, sans que qui que ce soit ne le remarque.
Tano se rapproche de Tobias pour lui remonter le moral discrètement, quand les portes du manoir s’ouvrent avec fracas. Ceux que l’on n’attendait pas entrent dans le grand salon. Une escorte d’une dizaine d’archers elfes reste dehors. Un cortège de nobles flagorneurs accompagne Alasaril, le doyen des elfes naria. En majesté, il porte une splendide cape de plumes, qui, avec son maquillage émeraude, et son diadème étoilé, ne parviennent pas à le rendre ridicule. Son ton de voix, doux comme un félin, et aimable comme un serpent, y sont sans doute pour quelque chose. Comme si soudainement, l’assemblée se rappelait de quelque chose d’urgent, nombreux sont ceux qui changent de salle, ou fuient vers le jardin. Isolde en profite pour embarquer Janelle discrètement.
Alasaril reproche à Friedrick de ne pas l’avoir invité. Il est impatient d’en apprendre plus sur les coutumes des mortels, car il n’a jamais assisté à l’un de leurs mariages. Friedrick, terrifié, tiraille sa fraise, et s’avisant d’un fauteuil, en chasse l’un de ses aïeuls, pour le confort du doyen. Tano essaie tant bien que mal de ménager une ambiance qui puisse plaire à ses messieurs dames aux oreilles pointues, mais il s’aperçoit qu’ils sont abominablement difficiles.
D’ailleurs, Alasaril réclame du nectar féerique, ou, au pire, de l’hydromel d’acacia. Tout le monde a cela sur une étagère. Magdalena improvise un cocktail avec les moyens du bord, et surtout sa substance alchimique qui donne bon goût à n’importe quoi. Elle se surpasse, en y ajoutant ses meilleurs ingrédients, et Alasaril lui-même doit admettre que certains breuvages des mortels ont un goût pas complètement désagréable. Par contre, il requiert ensuite du rôti de bête éclipsante, ou, au pire, une brochette de striges, et le pauvre paysan qui s’est retrouvé à ne pas pouvoir le servir a gagné des cours de cuisine chez les elfes. Dont la durée n’est pas spécifiée.
Petit à petit, la fête reprend, mais elle ne sera plus la même. Comme si le dégrisement causé par l’irruption aurait semblé trop ambitieux à combler par l’alcool disponible. Les gens désertent lentement les lieux, et c’est tout naturellement que Tobias et Birgit vont saluer la salle. Mais Alasaril, prestement, les devance. Avant qu’ils puissent parler, le doyen elfe annonce vouloir expérimenter une coutume mortelle : le droit de cuissage. Il souhaite ardemment profiter de la première nuit. Friedrick lui tend la main de Birgit, mais cela semble le dégoûter. Il préfère plutôt celle de Tobias. Isolde s’approche, et lui révèle que c’est une loi tombée en désuétude depuis longtemps. Alasaril est vaguement gêné. Peut-être qu’on contrarie ses plans, ou même simplement vexé d’être pris en défaut sur un sujet qui lui tient à cœur. Schäffer renchérit : les mortels ont souvent des maladies, qui peuvent être fatales aux elfes.
Tano imagine Alasaril au lit avec Tobias, surprenant son tatouage lié à la Thanatocratie. Il se dépêche de chuchoter à l’oreille de son amant les phrases les plus dégoûtantes qui lui viendraient à l’esprit. Tobias, déjà complètement barbouillé, ne tarde pas à dégobiller tripes et boyaux. Malgré une envie difficile à réprimer, Tano oriente Tobias vers les rideaux plutôt que vers le doyen verdoyant. Dégoûté, Alasaril remercie Schäffer de l’avoir averti, et couvre son nez d’un mouchoir parfumé. Suivi de sa cour, il quitte les lieux séance tenante, d’une retraite ordonnée, mais frustrée, embaumant la violette soufrée.
Alors qu’Isolde pense à la facture de nettoyage de sa baraque, Friedrick, bien que cela lui coûte terriblement, se doit de les remercier. Klaus en profite pour valider le devis, que le meunier règle rubis sur l’ongle, dès le lendemain matin. Nos résistants sont riches, et ils profitent de leur notoriété pour lancer des chantiers aménageant l’auberge, et engager du personnel spécialisé. La restauration de la brasserie est leur premier choix, suivi de la rénovation des chambres inutilisées. Ils y adjoignent une armurerie dans l’ancien atelier, pour améliorer la pugnacité de leur groupe, et un potager pouvant fournir des épices rares.
Le monde réel, on ne peut pas vivre avec, mais on ne peut pas vivre sans.
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Hubeuh
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Re: [CR] Pax elfica : et pour quelques elfes de plus
Onzième séance : où l’on mesure le fossé entre générations
Who wants to live forever ?
La fête est terminée, il faut maintenant ranger, mais nos héros sont tellement épuisés qu’ils laissent le reste du personnel de l’auberge s’en occuper pendant la journée. Quelques heures de sommeil plus tard, ils émergent difficilement. Frère Amaury les rejoint, après avoir passé la veille à entretenir son groupe de fidèles de la Nouvelle flamme. Isolde propose qu’ils commencent par recruter Rosa dans leur réseau. Ils doivent payer la golem, de toutes manières.
Son atelier est encombré de commandes prêtes à être vendues. Rosa les fait asseoir sur un banc de jardin orné de têtes de cygnes. Schäffer présente la situation actuelle sans fard, et demande à Rosa si de son temps, c’était mieux avant. La golem essaie de remettre les choses dans son contexte. Le passé est toujours idéalisé. Avant la Révolution, les services indispensables avaient un coût : les prêtres ne soignaient que contre rétribution, l’octessence pour les objets magiques était de plus en plus rare, et les oubliés de la prospérité n’avaient plus de possibilité de travailler, sans sort pour s’améliorer, remplacés par des créatures artificielles ou invoquées. Certes, ils avaient droit à des spectacles illusoires permanents, et assistaient régulièrement à des résurrections et des souhaits majeurs, mais réservés aux figures médiatiques, aux nobles, aux riches. Nonobstant, ces services indispensables sont actuellement inexistants, quelle que soit la prospérité. Donc dire que c’était mieux avant est sans doute un peu vrai.
Schäffer veut lui faire dire que c’est la conséquence de choix politiques et éthiques, mais Rosa hésite. Elle prend beaucoup de précautions pour aborder les problèmes moraux, parce qu’elle se sait artificielle. Sa propre conscience n’est qu’une programmation. Elle n’est pas capable de déterminer si le Bien existe préalablement à toute considération, et donc s’il nécessite tous les sacrifices. Tanorivel la contre, en la recentrant. Il se fiche de savoir comment fonctionne le grand tout. Il veut savoir ce qu’elle ressent, au fond d’elle. Est-ce que le régime des Lois de l’automne rend les gens heureux ? Est-ce qu’améliorer la vie des gens pour qu’ils échappent à ses mauvais côtés ne serait pas une bonne action ? S’il lui proposait, par exemple, de creuser un tunnel avec ses pouvoirs, pour permettre aux réfugiés de s’affranchir de papiers d’identité, est-ce que cela l’intéresserait ? Rosa abonde dans son sens.
Frère Amaury demande innocemment si les Lois de l’automne ne dérangent pas Rosa, dans l’exercice de ses pouvoirs et de sa nature. Elle convient que de devoir travailler dans le même cadre que les mortels est complexe, elle doit pratiquer des tarifs onéreux pour ne pas être trop compétitive. Mais que l’interdiction des pouvoirs magiques lui pèse. Les elfes la considèrent comme un objet magique avec un libre arbitre, pouvant être piraté n’importe quand par cryptomancie, et donc suspect, ce qu’elle regrette.
Elle accepte leur proposition, tant qu’ils lui présentent des buts concrets. En échange, elle aimerait en savoir plus sur son véritable géniteur. Tano la touche, mais son véritable nom, Rosa Maggiere, ne lui apprend rien de plus, si ce n’est qu’elle a bien été élaborée avant la Révolution. En effet, elle leur explique qu’à cette époque, les illusions étaient devenues moins chères que les vrais matériaux, et qu’une bonne illusion ne disparaissait pas si elle était dévoilée, uniquement si son efficacité était remise en question. Mais sans octessence, ou après une dissipation de la magie, un bâtiment ne tardait pas à s’effondrer. Comme celui qui l’a aplatie pendant presque toute la Thanatocratie. Depuis qu’elle a été libérée, elle essaie de s’adapter aux changements.
Aryen à déclarer
Ceci fait, ils vont chercher les deux enfants prodiges auprès de la femme de Lenhart. Bizarrement, point d’arindeäls en train de fouiller chaque maison, pour retrouver Ludwig, contrairement au kidnapping de Sigrid. Cela ne les inquiète pas tant que ça. Pour eux, le bon endroit où les cacher pour qu’ils puissent avoir une vie à peu près normale, c’est à la campagne. Le village de Glück, où ils ne sont jamais allé, leur semble une bonne destination. Ils empilent différents meubles appartenant à Isolde sur une charrette, enferment Sigrid et Ludwig dedans, et se préparent à partir. Les adieux des enfants avec Magda et Minki sont déchirants.
Isolde compte sur la validité de son permis de voyager (geleitsbrief) pour ne pas être fouillée, ni sa charrette. Hélas, ils tombent sur Belandir. Le blond officier elfe, consciencieusement passionné par la bureaucratie, n’est pas impressionné par les protestations d’Isolde. Elle dit que ce sont ses affaires qui repartent chez elle, mais ce n’est pas la bonne sortie. De plus, il a reçu une circulaire avec comme entête « par ordre de l’Aîné Alasaril » et même si Tano n’a pas pu lire la suite, il a pu voir qu’ils étaient l’objet de la consigne. Tout porte à croire que le doyen a la rancune tenace, et qu’il les considère responsables de sa frustration (ce qui est certainement injuste).
Ils réalisent que leurs préparations sommaires ne suffiront pas à protéger les enfants d’une fouille en règle. Ils doivent tout faire pour convaincre Belandir que ses efforts ne sont pas nécessaires. Amaury leur livre ses défauts et ses atouts, grâce à sa divination, et Schäffer refroidit son enthousiasme. Isolde passe aux menaces. Schäffer essaie de lui faire croire que ce sont des médicaments qui ne doivent pas être placés à la lumière. Amaury projette une étincelle sur le derrière de Bouffe-tout, le mulet, qui cavale avec leur chargement. Tanorivel enfonce le clou en se livrant à une scène hystérique dépressive, où la fatigue n’est pas étrangère, pour lui tirer des larmes. Afin d’échapper à cela, Belandir endosse sa virilité, et va arrêter le mulet, les accusant de ne pas tenir leur bête. Ils sont menacés d’une amende, mais la queue derrière eux pousse l’elfe à clôturer le sujet. Encore une fois, ils ont eu chaud.
Il ne s’agit pas de consanguinité
Le trajet en direction de Glück, sur la berge nord de la Waldine, est paisible. Ils partent vers Gritaben, avec les collines des Steineheisse, au nord, qui crachent leur fumée noire. Il fait assez beau, mais frais. La vallée est émaillée de ruines impériales, plutôt industrielles, ou de la Thanatocratie, plutôt militaires. Parfois, au milieu d’un champ de débris, une tourelle ou un pan de mur se dresse au centre d’une zone vide, trahissant l’usage d’illusions. La Waldine est encore encombrée de troncs à cette époque de l’année, mais quelques bateaux osent s’y aventurer. Ils finissent par arriver à un bourg réduit en cendres, dont les maisons et les palais sont ornés de crânes et de pointes gothiques. Un panneau indique la direction de Glück, vers le coteau. Les habitants ont sans doute migré en haut à la Libération. La route serpente vers la crête, au milieu de champs bien tenus, aux cultures et aux troupeaux de moutons en bonne santé.
Le village est entouré d’un mur, constitué comme ses maisons de pierres ajustées, mal dégrossies, presque sans mortier. Les rues, en pente, sont minuscules, labyrinthiques, les demeures entassées les unes sur les autres, comme pour se rassurer. Les gens sont pauvres, tristes, et maigres, mais curieux et enthousiastes à leur arrivée. Une proportion étonnante d’entre eux est demi-orque. Des panneaux de pierre sont ornés de symboles anciens, et donnent des directions de lieux perdus, ou de points de vue. Au centre du village, un imposant palais fortifié, dont les entrées ont été murées et barricadées. Amaury détecte qu’il est aussi sinistre dedans que dehors : c’est vide, et pourtant plein de pièges et de sentinelles invisibles.
Leur guide les entraîne jusqu’au temple, au milieu d’une place pavée d’éclats de mica.
Amaury a du mal à identifier le dieu auquel le temple est dédié. Prayos, sans doute, à l’origine, mais maintenant plutôt les esprits de la nature. Un homme rondelet, doté d’une calvitie précoce, les attend sur un banc. Höbiger hésite beaucoup, pas très à l’aise avec son rôle de maire. En effet, la révélation pourrait leur coûter cher. Contrairement à ce que leur a dit Thelma, ils ne sont pas vraiment aux prises avec des bandits. Ni la Malescarpe, de vilains brigands sanguinaires, ni les Ifriers, des résistants qui reversent un peu de leurs prises autour d’eux, ne forment de réel danger. Ils sont régulièrement éliminés par des orques, qui veillent sur Glück depuis Ombreterre. En échange, les orques reçoivent de la nourriture. Mais ces derniers temps, ils en exigent beaucoup trop. D’autant plus que les elfes repassent derrière, pour exiger les taxes dues au margrave. Ils ont du mal à communiquer avec les orques. Si nos résistants peuvent les ramener à plus de raison, tant mieux, mais ils représentent un danger à eux seuls. Considérés comme la piétaille du Nécromant (et la nourriture des morts vivants quand ils n’avaient rien d’autre), les gobelinoïdes sont repartis vers l’est ou les Monts du Har-volk, pourchassés par les elfes. S’associer avec des orques est puni d’enfaytement, ou pire. Höbiger les absout de leurs morts, s’ils ne peuvent faire autrement, et en échange, il accepte d’accueillir et de nourrir les deux enfants prodiges.
Who wants to live forever ?
La fête est terminée, il faut maintenant ranger, mais nos héros sont tellement épuisés qu’ils laissent le reste du personnel de l’auberge s’en occuper pendant la journée. Quelques heures de sommeil plus tard, ils émergent difficilement. Frère Amaury les rejoint, après avoir passé la veille à entretenir son groupe de fidèles de la Nouvelle flamme. Isolde propose qu’ils commencent par recruter Rosa dans leur réseau. Ils doivent payer la golem, de toutes manières.
Son atelier est encombré de commandes prêtes à être vendues. Rosa les fait asseoir sur un banc de jardin orné de têtes de cygnes. Schäffer présente la situation actuelle sans fard, et demande à Rosa si de son temps, c’était mieux avant. La golem essaie de remettre les choses dans son contexte. Le passé est toujours idéalisé. Avant la Révolution, les services indispensables avaient un coût : les prêtres ne soignaient que contre rétribution, l’octessence pour les objets magiques était de plus en plus rare, et les oubliés de la prospérité n’avaient plus de possibilité de travailler, sans sort pour s’améliorer, remplacés par des créatures artificielles ou invoquées. Certes, ils avaient droit à des spectacles illusoires permanents, et assistaient régulièrement à des résurrections et des souhaits majeurs, mais réservés aux figures médiatiques, aux nobles, aux riches. Nonobstant, ces services indispensables sont actuellement inexistants, quelle que soit la prospérité. Donc dire que c’était mieux avant est sans doute un peu vrai.
Schäffer veut lui faire dire que c’est la conséquence de choix politiques et éthiques, mais Rosa hésite. Elle prend beaucoup de précautions pour aborder les problèmes moraux, parce qu’elle se sait artificielle. Sa propre conscience n’est qu’une programmation. Elle n’est pas capable de déterminer si le Bien existe préalablement à toute considération, et donc s’il nécessite tous les sacrifices. Tanorivel la contre, en la recentrant. Il se fiche de savoir comment fonctionne le grand tout. Il veut savoir ce qu’elle ressent, au fond d’elle. Est-ce que le régime des Lois de l’automne rend les gens heureux ? Est-ce qu’améliorer la vie des gens pour qu’ils échappent à ses mauvais côtés ne serait pas une bonne action ? S’il lui proposait, par exemple, de creuser un tunnel avec ses pouvoirs, pour permettre aux réfugiés de s’affranchir de papiers d’identité, est-ce que cela l’intéresserait ? Rosa abonde dans son sens.
Frère Amaury demande innocemment si les Lois de l’automne ne dérangent pas Rosa, dans l’exercice de ses pouvoirs et de sa nature. Elle convient que de devoir travailler dans le même cadre que les mortels est complexe, elle doit pratiquer des tarifs onéreux pour ne pas être trop compétitive. Mais que l’interdiction des pouvoirs magiques lui pèse. Les elfes la considèrent comme un objet magique avec un libre arbitre, pouvant être piraté n’importe quand par cryptomancie, et donc suspect, ce qu’elle regrette.
Elle accepte leur proposition, tant qu’ils lui présentent des buts concrets. En échange, elle aimerait en savoir plus sur son véritable géniteur. Tano la touche, mais son véritable nom, Rosa Maggiere, ne lui apprend rien de plus, si ce n’est qu’elle a bien été élaborée avant la Révolution. En effet, elle leur explique qu’à cette époque, les illusions étaient devenues moins chères que les vrais matériaux, et qu’une bonne illusion ne disparaissait pas si elle était dévoilée, uniquement si son efficacité était remise en question. Mais sans octessence, ou après une dissipation de la magie, un bâtiment ne tardait pas à s’effondrer. Comme celui qui l’a aplatie pendant presque toute la Thanatocratie. Depuis qu’elle a été libérée, elle essaie de s’adapter aux changements.
Aryen à déclarer
Ceci fait, ils vont chercher les deux enfants prodiges auprès de la femme de Lenhart. Bizarrement, point d’arindeäls en train de fouiller chaque maison, pour retrouver Ludwig, contrairement au kidnapping de Sigrid. Cela ne les inquiète pas tant que ça. Pour eux, le bon endroit où les cacher pour qu’ils puissent avoir une vie à peu près normale, c’est à la campagne. Le village de Glück, où ils ne sont jamais allé, leur semble une bonne destination. Ils empilent différents meubles appartenant à Isolde sur une charrette, enferment Sigrid et Ludwig dedans, et se préparent à partir. Les adieux des enfants avec Magda et Minki sont déchirants.
Isolde compte sur la validité de son permis de voyager (geleitsbrief) pour ne pas être fouillée, ni sa charrette. Hélas, ils tombent sur Belandir. Le blond officier elfe, consciencieusement passionné par la bureaucratie, n’est pas impressionné par les protestations d’Isolde. Elle dit que ce sont ses affaires qui repartent chez elle, mais ce n’est pas la bonne sortie. De plus, il a reçu une circulaire avec comme entête « par ordre de l’Aîné Alasaril » et même si Tano n’a pas pu lire la suite, il a pu voir qu’ils étaient l’objet de la consigne. Tout porte à croire que le doyen a la rancune tenace, et qu’il les considère responsables de sa frustration (ce qui est certainement injuste).
Ils réalisent que leurs préparations sommaires ne suffiront pas à protéger les enfants d’une fouille en règle. Ils doivent tout faire pour convaincre Belandir que ses efforts ne sont pas nécessaires. Amaury leur livre ses défauts et ses atouts, grâce à sa divination, et Schäffer refroidit son enthousiasme. Isolde passe aux menaces. Schäffer essaie de lui faire croire que ce sont des médicaments qui ne doivent pas être placés à la lumière. Amaury projette une étincelle sur le derrière de Bouffe-tout, le mulet, qui cavale avec leur chargement. Tanorivel enfonce le clou en se livrant à une scène hystérique dépressive, où la fatigue n’est pas étrangère, pour lui tirer des larmes. Afin d’échapper à cela, Belandir endosse sa virilité, et va arrêter le mulet, les accusant de ne pas tenir leur bête. Ils sont menacés d’une amende, mais la queue derrière eux pousse l’elfe à clôturer le sujet. Encore une fois, ils ont eu chaud.
Il ne s’agit pas de consanguinité
Le trajet en direction de Glück, sur la berge nord de la Waldine, est paisible. Ils partent vers Gritaben, avec les collines des Steineheisse, au nord, qui crachent leur fumée noire. Il fait assez beau, mais frais. La vallée est émaillée de ruines impériales, plutôt industrielles, ou de la Thanatocratie, plutôt militaires. Parfois, au milieu d’un champ de débris, une tourelle ou un pan de mur se dresse au centre d’une zone vide, trahissant l’usage d’illusions. La Waldine est encore encombrée de troncs à cette époque de l’année, mais quelques bateaux osent s’y aventurer. Ils finissent par arriver à un bourg réduit en cendres, dont les maisons et les palais sont ornés de crânes et de pointes gothiques. Un panneau indique la direction de Glück, vers le coteau. Les habitants ont sans doute migré en haut à la Libération. La route serpente vers la crête, au milieu de champs bien tenus, aux cultures et aux troupeaux de moutons en bonne santé.
Le village est entouré d’un mur, constitué comme ses maisons de pierres ajustées, mal dégrossies, presque sans mortier. Les rues, en pente, sont minuscules, labyrinthiques, les demeures entassées les unes sur les autres, comme pour se rassurer. Les gens sont pauvres, tristes, et maigres, mais curieux et enthousiastes à leur arrivée. Une proportion étonnante d’entre eux est demi-orque. Des panneaux de pierre sont ornés de symboles anciens, et donnent des directions de lieux perdus, ou de points de vue. Au centre du village, un imposant palais fortifié, dont les entrées ont été murées et barricadées. Amaury détecte qu’il est aussi sinistre dedans que dehors : c’est vide, et pourtant plein de pièges et de sentinelles invisibles.
Leur guide les entraîne jusqu’au temple, au milieu d’une place pavée d’éclats de mica.
Amaury a du mal à identifier le dieu auquel le temple est dédié. Prayos, sans doute, à l’origine, mais maintenant plutôt les esprits de la nature. Un homme rondelet, doté d’une calvitie précoce, les attend sur un banc. Höbiger hésite beaucoup, pas très à l’aise avec son rôle de maire. En effet, la révélation pourrait leur coûter cher. Contrairement à ce que leur a dit Thelma, ils ne sont pas vraiment aux prises avec des bandits. Ni la Malescarpe, de vilains brigands sanguinaires, ni les Ifriers, des résistants qui reversent un peu de leurs prises autour d’eux, ne forment de réel danger. Ils sont régulièrement éliminés par des orques, qui veillent sur Glück depuis Ombreterre. En échange, les orques reçoivent de la nourriture. Mais ces derniers temps, ils en exigent beaucoup trop. D’autant plus que les elfes repassent derrière, pour exiger les taxes dues au margrave. Ils ont du mal à communiquer avec les orques. Si nos résistants peuvent les ramener à plus de raison, tant mieux, mais ils représentent un danger à eux seuls. Considérés comme la piétaille du Nécromant (et la nourriture des morts vivants quand ils n’avaient rien d’autre), les gobelinoïdes sont repartis vers l’est ou les Monts du Har-volk, pourchassés par les elfes. S’associer avec des orques est puni d’enfaytement, ou pire. Höbiger les absout de leurs morts, s’ils ne peuvent faire autrement, et en échange, il accepte d’accueillir et de nourrir les deux enfants prodiges.
Le monde réel, on ne peut pas vivre avec, mais on ne peut pas vivre sans.
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Hubeuh
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- Inscription : mer. mars 16, 2005 9:24 pm
Re: [CR] Pax elfica : et pour quelques elfes de plus
Grand mère sait faire un bon gabalouk
Höbiger appelle un chasseur, nommé Heth, pour les guider jusqu’à l’entrée des grottes. Le temps qu’ils leur fournissent des torches, des cordes, et des provisions, Heth et Höbiger se contredisent sur plusieurs informations, comme la durée du trajet. Amaury exige quelqu’un pour leur permettre de parler aux orques. Heth se propose, et Höbiger ne l’écarte pas, mais le chasseur bourru reconnaît que son savoir ne recouvre que les mots essentiels. Comme Amaury insiste lourdement, Heth n’a pas d’autre choix que de se munir d’une vieille. Angna n’est plus très grande, courbée par les ans, un front proéminent cachant des yeux sombres, un petit nez et une seule dent qui sort de sa bouche. Son teint vert indique que c’est une demi-orque de première génération. Höbiger est surpris que Heth veuille s’encombrer de la pauvre mamie. Elle n’est pas franchement taillée pour la route.
Ils la mettent pourtant sur le mulet, qu’ils détachent, et partent à l’aventure. Ils suivent Heth sous les châtaigniers, les hêtres et les chênes qui commencent à mettre leurs feuilles. Jonquilles et primevères sont boulottées par les lapins qui se refont la cerise après l’hiver. Les rares champs sont en friches, entourés de panneaux en elfe, ou bien couverts d’ossements humains datant de la Thanatocratie. Ils s’enfoncent dans un bois clairsemé, quand mémé Angna s’agite sur le mulet. Elle babille quelques borborygmes, qui inquiètent nos valeureux aventuriers. Est-ce que par hasard, elle saurait très bien parler l’orque, mais qu’elle serait totalement sénile ? En tous cas, qu’elle sache le parler est fort possible. Mais eux, ils ne panent rien à ce qu’elle bave. Elle gesticule derrière eux, devant eux, et dans une direction approximative. Heth n’en n’a cure (ni le mulet). En fait, elle indique la position du soleil, qui a changé, à mesure que Heth les baladait.
Isolde flaire une entourloupe, et l’accuse de traîtrise. Ils l’entourent, menaçants, et, voyant que fuir n’est pas une option, le chasseur avoue. Si leur périple est aussi long, c’est que Heth les mène droit vers une embuscade. Il a pour habitude de céder une partie des vivres aux Ifriers, plutôt que de tout donner aux orques. Ils convainquent Heth que cela ne peut plus durer. Glück est ponctionné 3 fois : les Ifriers, les orques, les elfes. Il y vivent en sécurité, mais ils vont périr de faim. Heth les quitte pour avertir les Ifriers que leur guet-apens a capoté.
La rencontre, au sommet d’une colline dégagée, est d’abord rugueuse. Puis, comprenant qu’il est dans leur intérêt de poser les armes, ils discutent. Ce ne sont des résistants que par défaut : d’anciens bûcherons pourchassés par les elfes, les morts vivants et même parfois les orques, privés de travail, qui peinent à faire vivre leur famille. Ils sont perpétuellement sur la route. Schäffer les persuade que ce n’est pas un avenir soutenable pour eux. Isolde leur propose de se rendre dans sa baronnie d’origine, le Vertstein. Même si elle a été presque complètement privée de ses terres, elle sait que d’anciens serviteurs ont trouvé refuge autour, et qu’ils ont besoin de bras, pour défricher d’autres champs, puisque les elfes ont mis la main sur les leurs. Ces Ifriers de fortune acceptent, même si le Vertstein est loin, et que pour échapper aux elfes, il leur faudra traverser l’Eibenwald. Quand Amaury leur demande ce qu’il y craignent, les brigands expliquent que c’est une forêt dangereuse. Pourtant, c’est bien le lieu de villégiature des Ifriers, normalement.
Un fin Gühr, mais...
Reste à raisonner les orques. Heth les mène à l’entrée des grottes. Il n’est jamais allé plus loin, et va garder le mulet. Grâce à Angna, qui retrouve une seconde jeunesse, ils évitent monstres et pièges. Elle renifle les couloirs, les uns après les autres. Ils déambulent entre les champignons géants et les pendeloques de stalactites, dans un silence marmoréen, uniquement troublé, parfois, par une source glacée. Tanorivel, grâce à sa nyctalopie, leur indique un crâne humain fiché sur une stalagmite. Angna s’avance, criant quelque chose. Le groupe la suit, mains en l’air, priant pour ne pas servir d’aimant à javelot.
Ils sont accueillis par des orques, dont l’un d’entre eux reconnaît la vieille. Très méfiants, ils les entraînent dans un dédale de tunnels étroits, munis de meurtrières ou de trous laissant passer la fumée. Ils débouchent dans une succession de grottes habitées par les orques, ne sentant pas la rose. Dans chaque salle, chaque tunnel, leur lampe n’éclaire que les premiers regards, reflétant la lumière comme les yeux de prédateurs embusqués, mais en laissant deviner beaucoup d’autres.
Ils sont apostrophés par une prêtresse orque. Daga, c’est son nom, discute avec Angna, jusqu’à ce que les orques soient satisfaits, et avec l’aide de la mamie, la négociation s’engage. Ils saisissent vite que si les orques exigent autant de nourriture, c’est parce que leur chef Mogark a été tué par un monstre, surgi d’Ombreterre. Cet ancien cadre de l’armée du Nécromant, un ogre nécrophage nommé Gühr, a pris leur contrôle de leur clan. Il mange en permanence, et s’il n’a rien d’autre, il dévore leurs enfants.
Nos glorieux résistants promettent de mettre fin à sa tyrannie. Les orques sont impressionnés par Amaury, qui porte le symbole de la Flamme, et le désignent du sobriquet « Uhluk ». Mais Daga leur apprend que Gühr est accompagné de goules. Ils scellent leur pacte avec quelque nourriture dégoûtante, puis, elle les mène dans une vaste champignonnière, dont ils ne voient pas les bords. L’attente n’est pas agréable, d’autant plus que la fatigue leur pèse. Ils doivent rester là, dans le noir presque complet, silencieux, à attendre que les orques se passent le mot, et se cachent avec eux, puis, que Gühr veuille bien se montrer.
Quand c’est le cas, leurs alliés se jettent sur l’avant-garde de goules. Amaury discerne à peine leur cible, qui avance en contrebas, et fait appel à la Flamme. Il apprend que Gühr craint la lumière du soleil et les grands feux, ce qu’il s’empresse de lui fournir. Gühr, ingrat, s’avance vers eux, jetant sur le champ de bataille une lumière empuantie et enfumée. L’ogre nécrophage et ses goules sont surpris par cette embuscade. Et comme nos résistants concentrent leurs coups et leurs tirs sur Gühr, à force de coups d’épée, de griffes féeriques, et d’éclats de glace, il décède une seconde fois. Restent les goules, qui s’avèrent des adversaires redoutables, une fois la surprise passée. Blessés, mais rapidement soignés par Schäffer, nos héros peuvent célébrer la victoire.
Lors d’un banquet sauvage et chthonien, les orques miment le passé de leur peuple. Déguisés avec leurs maigres moyens, ils font néanmoins comprendre qu’Uhluk est un de leurs héros. Il aurait affronté un immense géant de feu, avec une lance terminée par du feuillage. L’entité brûlante l’a tué, mais se faisant, l’orque lui aurait offert une partie de sa flamme intérieure, éclairant le monstre d’un nouvel altruisme. Malheureusement, après sa mort, c’est sa sœur Uhlak qui prend sa suite, et fonde le culte des dieux orques contemporains, devant lesquels ils montrent du respect et de la crainte, mais qui ne les ont pas beaucoup aidés à s’en sortir depuis.
Pour les remercier, les orques leur offrent le produit de leurs rapines : une combinaison d’assassin drow augmentant la rapidité, une fiole curative de sang de troll, et un bâton de marche fleuri (vous ne voulez pas savoir à quoi ils s’en servaient). Achevés par l’alcool orque, ils commencent à s’endormir, quand Heth, qui n’en mène pas large, vient les chercher. Ils repartent vers Glück, où ils terminent leur nuit.
Au petit déjeuner, ils sont nourris par un demi-orque nommé Gord. Celui-ci arbore une toque et un tablier immaculés, ainsi que des moustaches huilées, et un accent néryonide trop forcé pour être autre chose qu’une mauvaise imitation. Les plats sont exquis, presque meilleurs que l’alchimie de Magdalena, mais naturels. En fait, Gord a appris la cuisine grâce à une pierre ionique impériale, dont la seule fonction est de délivrer des cours culinaires illusoires. Depuis tout petit, il rêve d’exercer ses talents auprès de vrais gourmets, dans une grande cité. Isolde ne se le fait pas dire deux fois, et il est embauché sur le champ.
Höbiger leur paye une cinquantaine de pièces d’argent pour leur peine, et négocie un contrat d’exclusivité de vente de nourriture à l’auberge de l’épée. Il leur offre aussi une sorte de plat à tajine elfe, dont la fonction s’avère floue. Probablement que Magdalena y trouvera une utilité.
En milieu de matinée, ils repartent à Brenhaven, dormant à tour de rôle dans le chariot.
Bouffe-tout trouve cela un peu lourd…
Höbiger appelle un chasseur, nommé Heth, pour les guider jusqu’à l’entrée des grottes. Le temps qu’ils leur fournissent des torches, des cordes, et des provisions, Heth et Höbiger se contredisent sur plusieurs informations, comme la durée du trajet. Amaury exige quelqu’un pour leur permettre de parler aux orques. Heth se propose, et Höbiger ne l’écarte pas, mais le chasseur bourru reconnaît que son savoir ne recouvre que les mots essentiels. Comme Amaury insiste lourdement, Heth n’a pas d’autre choix que de se munir d’une vieille. Angna n’est plus très grande, courbée par les ans, un front proéminent cachant des yeux sombres, un petit nez et une seule dent qui sort de sa bouche. Son teint vert indique que c’est une demi-orque de première génération. Höbiger est surpris que Heth veuille s’encombrer de la pauvre mamie. Elle n’est pas franchement taillée pour la route.
Ils la mettent pourtant sur le mulet, qu’ils détachent, et partent à l’aventure. Ils suivent Heth sous les châtaigniers, les hêtres et les chênes qui commencent à mettre leurs feuilles. Jonquilles et primevères sont boulottées par les lapins qui se refont la cerise après l’hiver. Les rares champs sont en friches, entourés de panneaux en elfe, ou bien couverts d’ossements humains datant de la Thanatocratie. Ils s’enfoncent dans un bois clairsemé, quand mémé Angna s’agite sur le mulet. Elle babille quelques borborygmes, qui inquiètent nos valeureux aventuriers. Est-ce que par hasard, elle saurait très bien parler l’orque, mais qu’elle serait totalement sénile ? En tous cas, qu’elle sache le parler est fort possible. Mais eux, ils ne panent rien à ce qu’elle bave. Elle gesticule derrière eux, devant eux, et dans une direction approximative. Heth n’en n’a cure (ni le mulet). En fait, elle indique la position du soleil, qui a changé, à mesure que Heth les baladait.
Isolde flaire une entourloupe, et l’accuse de traîtrise. Ils l’entourent, menaçants, et, voyant que fuir n’est pas une option, le chasseur avoue. Si leur périple est aussi long, c’est que Heth les mène droit vers une embuscade. Il a pour habitude de céder une partie des vivres aux Ifriers, plutôt que de tout donner aux orques. Ils convainquent Heth que cela ne peut plus durer. Glück est ponctionné 3 fois : les Ifriers, les orques, les elfes. Il y vivent en sécurité, mais ils vont périr de faim. Heth les quitte pour avertir les Ifriers que leur guet-apens a capoté.
La rencontre, au sommet d’une colline dégagée, est d’abord rugueuse. Puis, comprenant qu’il est dans leur intérêt de poser les armes, ils discutent. Ce ne sont des résistants que par défaut : d’anciens bûcherons pourchassés par les elfes, les morts vivants et même parfois les orques, privés de travail, qui peinent à faire vivre leur famille. Ils sont perpétuellement sur la route. Schäffer les persuade que ce n’est pas un avenir soutenable pour eux. Isolde leur propose de se rendre dans sa baronnie d’origine, le Vertstein. Même si elle a été presque complètement privée de ses terres, elle sait que d’anciens serviteurs ont trouvé refuge autour, et qu’ils ont besoin de bras, pour défricher d’autres champs, puisque les elfes ont mis la main sur les leurs. Ces Ifriers de fortune acceptent, même si le Vertstein est loin, et que pour échapper aux elfes, il leur faudra traverser l’Eibenwald. Quand Amaury leur demande ce qu’il y craignent, les brigands expliquent que c’est une forêt dangereuse. Pourtant, c’est bien le lieu de villégiature des Ifriers, normalement.
Un fin Gühr, mais...
Reste à raisonner les orques. Heth les mène à l’entrée des grottes. Il n’est jamais allé plus loin, et va garder le mulet. Grâce à Angna, qui retrouve une seconde jeunesse, ils évitent monstres et pièges. Elle renifle les couloirs, les uns après les autres. Ils déambulent entre les champignons géants et les pendeloques de stalactites, dans un silence marmoréen, uniquement troublé, parfois, par une source glacée. Tanorivel, grâce à sa nyctalopie, leur indique un crâne humain fiché sur une stalagmite. Angna s’avance, criant quelque chose. Le groupe la suit, mains en l’air, priant pour ne pas servir d’aimant à javelot.
Ils sont accueillis par des orques, dont l’un d’entre eux reconnaît la vieille. Très méfiants, ils les entraînent dans un dédale de tunnels étroits, munis de meurtrières ou de trous laissant passer la fumée. Ils débouchent dans une succession de grottes habitées par les orques, ne sentant pas la rose. Dans chaque salle, chaque tunnel, leur lampe n’éclaire que les premiers regards, reflétant la lumière comme les yeux de prédateurs embusqués, mais en laissant deviner beaucoup d’autres.
Ils sont apostrophés par une prêtresse orque. Daga, c’est son nom, discute avec Angna, jusqu’à ce que les orques soient satisfaits, et avec l’aide de la mamie, la négociation s’engage. Ils saisissent vite que si les orques exigent autant de nourriture, c’est parce que leur chef Mogark a été tué par un monstre, surgi d’Ombreterre. Cet ancien cadre de l’armée du Nécromant, un ogre nécrophage nommé Gühr, a pris leur contrôle de leur clan. Il mange en permanence, et s’il n’a rien d’autre, il dévore leurs enfants.
Nos glorieux résistants promettent de mettre fin à sa tyrannie. Les orques sont impressionnés par Amaury, qui porte le symbole de la Flamme, et le désignent du sobriquet « Uhluk ». Mais Daga leur apprend que Gühr est accompagné de goules. Ils scellent leur pacte avec quelque nourriture dégoûtante, puis, elle les mène dans une vaste champignonnière, dont ils ne voient pas les bords. L’attente n’est pas agréable, d’autant plus que la fatigue leur pèse. Ils doivent rester là, dans le noir presque complet, silencieux, à attendre que les orques se passent le mot, et se cachent avec eux, puis, que Gühr veuille bien se montrer.
Quand c’est le cas, leurs alliés se jettent sur l’avant-garde de goules. Amaury discerne à peine leur cible, qui avance en contrebas, et fait appel à la Flamme. Il apprend que Gühr craint la lumière du soleil et les grands feux, ce qu’il s’empresse de lui fournir. Gühr, ingrat, s’avance vers eux, jetant sur le champ de bataille une lumière empuantie et enfumée. L’ogre nécrophage et ses goules sont surpris par cette embuscade. Et comme nos résistants concentrent leurs coups et leurs tirs sur Gühr, à force de coups d’épée, de griffes féeriques, et d’éclats de glace, il décède une seconde fois. Restent les goules, qui s’avèrent des adversaires redoutables, une fois la surprise passée. Blessés, mais rapidement soignés par Schäffer, nos héros peuvent célébrer la victoire.
Lors d’un banquet sauvage et chthonien, les orques miment le passé de leur peuple. Déguisés avec leurs maigres moyens, ils font néanmoins comprendre qu’Uhluk est un de leurs héros. Il aurait affronté un immense géant de feu, avec une lance terminée par du feuillage. L’entité brûlante l’a tué, mais se faisant, l’orque lui aurait offert une partie de sa flamme intérieure, éclairant le monstre d’un nouvel altruisme. Malheureusement, après sa mort, c’est sa sœur Uhlak qui prend sa suite, et fonde le culte des dieux orques contemporains, devant lesquels ils montrent du respect et de la crainte, mais qui ne les ont pas beaucoup aidés à s’en sortir depuis.
Pour les remercier, les orques leur offrent le produit de leurs rapines : une combinaison d’assassin drow augmentant la rapidité, une fiole curative de sang de troll, et un bâton de marche fleuri (vous ne voulez pas savoir à quoi ils s’en servaient). Achevés par l’alcool orque, ils commencent à s’endormir, quand Heth, qui n’en mène pas large, vient les chercher. Ils repartent vers Glück, où ils terminent leur nuit.
Au petit déjeuner, ils sont nourris par un demi-orque nommé Gord. Celui-ci arbore une toque et un tablier immaculés, ainsi que des moustaches huilées, et un accent néryonide trop forcé pour être autre chose qu’une mauvaise imitation. Les plats sont exquis, presque meilleurs que l’alchimie de Magdalena, mais naturels. En fait, Gord a appris la cuisine grâce à une pierre ionique impériale, dont la seule fonction est de délivrer des cours culinaires illusoires. Depuis tout petit, il rêve d’exercer ses talents auprès de vrais gourmets, dans une grande cité. Isolde ne se le fait pas dire deux fois, et il est embauché sur le champ.
Höbiger leur paye une cinquantaine de pièces d’argent pour leur peine, et négocie un contrat d’exclusivité de vente de nourriture à l’auberge de l’épée. Il leur offre aussi une sorte de plat à tajine elfe, dont la fonction s’avère floue. Probablement que Magdalena y trouvera une utilité.
En milieu de matinée, ils repartent à Brenhaven, dormant à tour de rôle dans le chariot.
Bouffe-tout trouve cela un peu lourd…
Le monde réel, on ne peut pas vivre avec, mais on ne peut pas vivre sans.
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Hubeuh
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Re: [CR] Pax elfica : et pour quelques elfes de plus
Douzième séance : où l’on se refuse à donner du chocolat au chien
L'idéalisme tend vers la bureaucratie, le bureaucrate vers l'idéalisme
Au retour de Glück, nos braves résistants remarquent dépités que le redoux de ces derniers jours est fini. L’hiver se débat toujours, et les nuages songent à la neige. Brenhaven a rallumé toutes ses cheminées. À l’entrée de leur rue, Belandir à l’affût, filtre ceux qui se rendent à l’auberge. Les futurs clients sont fouillés, et ceux qui portent une arme doivent payer un supplément, accompagné de la mise en garde habituelle : les armes sont réservées à ceux qui ont un permis (waffenbrief) pour ça. Ceux qui ne cherchent pas immédiatement un autre débit de boisson y réfléchiront à deux fois le prochain coup.
C’est d’ailleurs ce que confirme Magdalena à nos voyageurs. Elle a passé la veille avec Belandir, qui a fait l’inventaire méthodique de tous les objets réemménagés dans l’auberge, vivres comprises, en exigeant des certificats de provenance pour tout et n’importe quoi. Après tout, on ne sait pas ! Peut-être que le bois de cette cuillère provenait d’un de ses amis. Est-ce une arme potentielle ? À force, il va faire perdre de l’argent à l’auberge…
Ils débattent d’un moyen de faire diversion, mais Belandir n’est pas un client facile. Il ne fait qu’obéir aux ordres d’Alasaril, qui l’a apparemment à la bonne (contrairement à l’auberge qui l’a humilié). Il n’a pas de vie, en dehors de son travail. Aucun vice connu, à part les bons petits plats. Pas de femme. Pour le moment, ils s’accordent sur un pis aller. Ils chargent Dagwin de se placer en amont de Belandir, pour avertir les clients de faire le tour.
Pour se détendre après leurs aventures, Tanorivel se rend à la tour de Birgit. Tobias le lui confirme, Alasaril fait aussi peser des sanctions discrètes mais embarrassantes sur sa famille. Friedrick paie, et se tait. Il faudra bien un jour qu’ils enquêtent sur la marque qu’il a dans le dos : sa mère l’ayant aussi, depuis combien de générations est-ce qu’ils la subissent, et que fait-elle exactement ? Tobias acquiesce, mais il est compliqué de remonter loin dans la Thanatocratie. Quand les gens couraient devant les zombies, ils avaient moins le temps de tenir des journaux intimes. Il faudrait accéder aux archives de la Thanatocratie pour cela, mais les elfes ont fait main basse dessus.
Ils se donnent ensuite rendez-vous dans leur nid d’amour clandestin. En s’y rendant, Tanorivel passe par les toits. C’est ainsi qu’il remarque des tas de pierres, posées au bord des toits, à espaces réguliers. Elles n’ont rien de spécial, ce sont de simples caillasses, ou des morceaux de pavés.
La plume est plus forte que l’épée, seulement si celle-ci est très petite et le stylo très pointu
Dame Isolde passe le reste de la matinée à compulser les vieux documents dénichés dans son grenier, plus ceux de la cave de l’auberge. Elle est à la recherche d’une arme plus efficace que la sienne. Tout d’abord elle comprend que le râtelier d’armes qui a donné son nom à leur établissement est là depuis bien plus longtemps qu’elle ne l’aurait cru. Avant même la révolution, cet artefact était là. C’est un distributeur d’armes illusoires, assez cohérentes pour fonctionner quelques jours. Hélas, la fonction de cet appareil a été oubliée pendant les décennies où l’auberge est restée fermée. Et quand les guerriers de la Libération ont déposé les armes, et qu’ils ont choisi de les y souder, ils l’ont certainement endommagé. L’idée était de fournir, contre un prix en octessence, des copies d’armes légendaires, comme celle de Bren, ou des Drachenburg. Mais elle n’a pas envie d’une copie. Isolde veut la vraie.
En remontant le passé de sa famille, elle comprend que la période de la Thanatocratie a été compliquée pour eux. Une première branche est restée cachée au Vertstein, continuant à accumuler de l’or discrètement. Cela ne leur a pas bien réussi. L’autre partie de la famille, plutôt celle dont elle descend, a fait alliance avec Cadriel. Le baron Osric de Vertstein, par exemple, était aussi le commandant du Fort Stammstark, situé sur la berge de la petite Waldine, à l’orée de l’Eibenwald. La légende raconte qu’il portait un gantelet qui empoisonnait toutes les armes qu’il tenait. Mais il ne passait pas beaucoup de temps sur ses fiefs, car il disposait d’un manoir à Brenhaven. Mais où donc ce manoir pourrait-il se trouver aujourd’hui ?
Enfin, le dernier descendant connu des von Drachenburg, Rudolf, l’oncle d’Isolde, était connu pour être un collaborateur étroit de la Thanatocratie. Il cherchait désespéramment un village du nom de Drachenbergen. Celui-ci aurait été situé dans l’Eibenwald, et contiendrait des vestiges familiaux. Peut-être là où est plantée l’épée ?
Un petit temps
Pendant ce temps, frère Amaury se rend dans le quartier de l’église, où se situe l’entrée du souterrain qui dissimule le node de son ordre. Il remarque tout d’abord l’agitation. À la fin de la semaine va se dérouler la fête de Saint Antonin, un martyr de leur culte, qui s’est auto-immolé pour éradiquer un seigneur goule et ses sbires. Il s’entretient avec Esther, la vieille aveugle qui attise perpétuellement la Flamme sacrée. Il lui demande si la légende du titan de feu lui parle. Elle l’a en effet déjà entendue, c’est un des mythes récurrents des origines de leur culte.
Mais pour en savoir plus, elle lui conseille de se rendre à Aymock, une ancienne station thermale en bordure des Steineheisse. Si la Nouvelle flamme avait un centre religieux, ce serait là. Les premiers adeptes y sont apparus, et encore aujourd’hui, c’est là où l’on y trouve le plus de fidèles. La plupart des cortèges funéraires qui partent de Brenhaven s’y arrêtent, pour que les cadavres soient jetés dans un volcan. En tant que prêtre de Prayos, il lui serait facile de justifier le déplacement.
Ensuite, Amaury se rend au Théâtre de la Libération, pour s’adresser au père Simcha. Les acteurs préparent des décorations qui vont servir à la procession de Saint Antonin à travers la ville. Même si la Nouvelle flamme n’est pas interdite par les elfes, le père Simcha craint que n’importe quel débordement puisse le justifier. Amaury lui demande s’il sait ce qu’ont prévu Griseldis et les fidèles les plus véhéments. Malheureusement, il n’en sait rien, et espère qu’Amaury pourra le renseigner à ce sujet.
Notre groupe de résistants aimerait s’améliorer en renseignements. Mais pour cela, il leur faut échanger des indices et des secrets. Ils s’adressent à Janelle, pour qu’elle leur donne une bonne adresse où obtenir des informations. Mais c’est l’occupation favorite de son réseau ! Isolde lui dit qu’Erisadàn essaie de faire un enfant à une prostituée de l’Auberge du pont, ce qui ne l’enchante guère. Janelle leur révèle en échange que d’autres officiers elfes se livrent au même manège, à la Lanterne rouge. Sa maquerelle, la Gironde, soulignait que les elfes en questions n’appréciaient pas plus cette corvée. Magdalena commence à se demander si les elfes naria n’auraient pas un grave problème de fertilité, justifiant d’enlever les enfants prodiges.
Schäffer lui explique qu’ils ont aussi besoin de prouver à la Vieille garde les manigances de Carmichaël. Par contre, pour ce genre de service, elle ne peut que les orienter vers la pègre. Ils se donnent rendez-vous au souper, pour discuter des méthodes améliorant un réseau d’espionnage.
L'idéalisme tend vers la bureaucratie, le bureaucrate vers l'idéalisme
Au retour de Glück, nos braves résistants remarquent dépités que le redoux de ces derniers jours est fini. L’hiver se débat toujours, et les nuages songent à la neige. Brenhaven a rallumé toutes ses cheminées. À l’entrée de leur rue, Belandir à l’affût, filtre ceux qui se rendent à l’auberge. Les futurs clients sont fouillés, et ceux qui portent une arme doivent payer un supplément, accompagné de la mise en garde habituelle : les armes sont réservées à ceux qui ont un permis (waffenbrief) pour ça. Ceux qui ne cherchent pas immédiatement un autre débit de boisson y réfléchiront à deux fois le prochain coup.
C’est d’ailleurs ce que confirme Magdalena à nos voyageurs. Elle a passé la veille avec Belandir, qui a fait l’inventaire méthodique de tous les objets réemménagés dans l’auberge, vivres comprises, en exigeant des certificats de provenance pour tout et n’importe quoi. Après tout, on ne sait pas ! Peut-être que le bois de cette cuillère provenait d’un de ses amis. Est-ce une arme potentielle ? À force, il va faire perdre de l’argent à l’auberge…
Ils débattent d’un moyen de faire diversion, mais Belandir n’est pas un client facile. Il ne fait qu’obéir aux ordres d’Alasaril, qui l’a apparemment à la bonne (contrairement à l’auberge qui l’a humilié). Il n’a pas de vie, en dehors de son travail. Aucun vice connu, à part les bons petits plats. Pas de femme. Pour le moment, ils s’accordent sur un pis aller. Ils chargent Dagwin de se placer en amont de Belandir, pour avertir les clients de faire le tour.
Pour se détendre après leurs aventures, Tanorivel se rend à la tour de Birgit. Tobias le lui confirme, Alasaril fait aussi peser des sanctions discrètes mais embarrassantes sur sa famille. Friedrick paie, et se tait. Il faudra bien un jour qu’ils enquêtent sur la marque qu’il a dans le dos : sa mère l’ayant aussi, depuis combien de générations est-ce qu’ils la subissent, et que fait-elle exactement ? Tobias acquiesce, mais il est compliqué de remonter loin dans la Thanatocratie. Quand les gens couraient devant les zombies, ils avaient moins le temps de tenir des journaux intimes. Il faudrait accéder aux archives de la Thanatocratie pour cela, mais les elfes ont fait main basse dessus.
Ils se donnent ensuite rendez-vous dans leur nid d’amour clandestin. En s’y rendant, Tanorivel passe par les toits. C’est ainsi qu’il remarque des tas de pierres, posées au bord des toits, à espaces réguliers. Elles n’ont rien de spécial, ce sont de simples caillasses, ou des morceaux de pavés.
La plume est plus forte que l’épée, seulement si celle-ci est très petite et le stylo très pointu
Dame Isolde passe le reste de la matinée à compulser les vieux documents dénichés dans son grenier, plus ceux de la cave de l’auberge. Elle est à la recherche d’une arme plus efficace que la sienne. Tout d’abord elle comprend que le râtelier d’armes qui a donné son nom à leur établissement est là depuis bien plus longtemps qu’elle ne l’aurait cru. Avant même la révolution, cet artefact était là. C’est un distributeur d’armes illusoires, assez cohérentes pour fonctionner quelques jours. Hélas, la fonction de cet appareil a été oubliée pendant les décennies où l’auberge est restée fermée. Et quand les guerriers de la Libération ont déposé les armes, et qu’ils ont choisi de les y souder, ils l’ont certainement endommagé. L’idée était de fournir, contre un prix en octessence, des copies d’armes légendaires, comme celle de Bren, ou des Drachenburg. Mais elle n’a pas envie d’une copie. Isolde veut la vraie.
En remontant le passé de sa famille, elle comprend que la période de la Thanatocratie a été compliquée pour eux. Une première branche est restée cachée au Vertstein, continuant à accumuler de l’or discrètement. Cela ne leur a pas bien réussi. L’autre partie de la famille, plutôt celle dont elle descend, a fait alliance avec Cadriel. Le baron Osric de Vertstein, par exemple, était aussi le commandant du Fort Stammstark, situé sur la berge de la petite Waldine, à l’orée de l’Eibenwald. La légende raconte qu’il portait un gantelet qui empoisonnait toutes les armes qu’il tenait. Mais il ne passait pas beaucoup de temps sur ses fiefs, car il disposait d’un manoir à Brenhaven. Mais où donc ce manoir pourrait-il se trouver aujourd’hui ?
Enfin, le dernier descendant connu des von Drachenburg, Rudolf, l’oncle d’Isolde, était connu pour être un collaborateur étroit de la Thanatocratie. Il cherchait désespéramment un village du nom de Drachenbergen. Celui-ci aurait été situé dans l’Eibenwald, et contiendrait des vestiges familiaux. Peut-être là où est plantée l’épée ?
Un petit temps
Pendant ce temps, frère Amaury se rend dans le quartier de l’église, où se situe l’entrée du souterrain qui dissimule le node de son ordre. Il remarque tout d’abord l’agitation. À la fin de la semaine va se dérouler la fête de Saint Antonin, un martyr de leur culte, qui s’est auto-immolé pour éradiquer un seigneur goule et ses sbires. Il s’entretient avec Esther, la vieille aveugle qui attise perpétuellement la Flamme sacrée. Il lui demande si la légende du titan de feu lui parle. Elle l’a en effet déjà entendue, c’est un des mythes récurrents des origines de leur culte.
Mais pour en savoir plus, elle lui conseille de se rendre à Aymock, une ancienne station thermale en bordure des Steineheisse. Si la Nouvelle flamme avait un centre religieux, ce serait là. Les premiers adeptes y sont apparus, et encore aujourd’hui, c’est là où l’on y trouve le plus de fidèles. La plupart des cortèges funéraires qui partent de Brenhaven s’y arrêtent, pour que les cadavres soient jetés dans un volcan. En tant que prêtre de Prayos, il lui serait facile de justifier le déplacement.
Ensuite, Amaury se rend au Théâtre de la Libération, pour s’adresser au père Simcha. Les acteurs préparent des décorations qui vont servir à la procession de Saint Antonin à travers la ville. Même si la Nouvelle flamme n’est pas interdite par les elfes, le père Simcha craint que n’importe quel débordement puisse le justifier. Amaury lui demande s’il sait ce qu’ont prévu Griseldis et les fidèles les plus véhéments. Malheureusement, il n’en sait rien, et espère qu’Amaury pourra le renseigner à ce sujet.
Notre groupe de résistants aimerait s’améliorer en renseignements. Mais pour cela, il leur faut échanger des indices et des secrets. Ils s’adressent à Janelle, pour qu’elle leur donne une bonne adresse où obtenir des informations. Mais c’est l’occupation favorite de son réseau ! Isolde lui dit qu’Erisadàn essaie de faire un enfant à une prostituée de l’Auberge du pont, ce qui ne l’enchante guère. Janelle leur révèle en échange que d’autres officiers elfes se livrent au même manège, à la Lanterne rouge. Sa maquerelle, la Gironde, soulignait que les elfes en questions n’appréciaient pas plus cette corvée. Magdalena commence à se demander si les elfes naria n’auraient pas un grave problème de fertilité, justifiant d’enlever les enfants prodiges.
Schäffer lui explique qu’ils ont aussi besoin de prouver à la Vieille garde les manigances de Carmichaël. Par contre, pour ce genre de service, elle ne peut que les orienter vers la pègre. Ils se donnent rendez-vous au souper, pour discuter des méthodes améliorant un réseau d’espionnage.
Dernière modification par Hubeuh le lun. août 24, 2026 6:27 pm, modifié 1 fois.
Le monde réel, on ne peut pas vivre avec, mais on ne peut pas vivre sans.
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Hubeuh
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Re: [CR] Pax elfica : et pour quelques elfes de plus
Rencontre du troisième trou
Dans la cuisine, Magdalena tripote son nouveau plat à tajine. Elle se rend bien compte qu’il est magique, et ne peut pas croire qu’il se limite à fournir un menu végétarien. Il possède des trous, situés le long de sa cheminée, entourés de fines gravures elfiques. Elle se demande s’il ne s’agirait pas d’un aludel, un appareil légendaire datant de la découverte de l’alchimie.
Grâce à son alambic, Magdalena raccorde l’étrange artefact à son athanor. Celui-ci cuit les substances, mais sert aussi de batterie magique, selon Archibald, son mentor, qui le lui avait donné à la fin de ses études. L’alambic concentre les fumées de l’athanor, et elle suppose que l’aludel sert à produire des vapeurs qui vont se mélanger aux fumées dans l’alambic, pour engendrer des potions.
Elle commence avec une classique prime saveur, qui habille un aliment d’un goût inégalable. L’aludel recrache de petits jets de vapeurs, mais seulement à certains trous. Est-ce que c’est un moyen de programmer l’intensité et la durée de la cuisson ? Est-ce une sorte d’ocarina pas très pratique ? Elle en bouche certains, de ses doigts gantés. Ce sont d’autres trous qui chantent. S’en suit un étrange dialogue mélodieux, où règne l’incompréhension. Magdalena peste ! Comme elle aimerait connaître un elfe, si possible s’y connaissant en musique et en magie…
À bon chat, bons rats
L’un des soucis de Tano, c’est le rêve récurrent qu’il fait, dont il ignore s’il s’agit d’un souvenir ou pas, où il rencontre une fée dans la Sylve. Il a l’impression qu’il était plus jeune, sans en être certain. Sachant les règles régissant l’écoulement du temps dans la Sylve profonde (ou leur absence), cela ne signifie pas grand-chose.
Pour cela, ils veulent accéder à la Sylve sans risquer d’être interceptés par les elfes. Même si la zone à couvrir est trop vaste pour leur nombre, et que l’intrusion est faisable, ils savent que la punition est exemplaire. Mais ils connaissent des gens qui profitent d’un raccourci pour se rendre dans la Sylve. Quand ils ont libéré Dagwin, ce dernier leur a expliqué qu’il était trop jeune pour y avoir droit, mais que les autres Rats avaient leur entrée secrète. Dans tous les cas, il n’a aucune envie de recroiser leur maître de l’époque : Gondacre, le roi des rats. Avec Médéric, son confident, un assassin sournois, jouant de ses infirmités, ils alternent brutalités et faveurs pour tenir les orphelins de Brenhaven sous leur coupe.
Amaury n’est pas surpris d’apprendre que l’entrée de leur repaire est située dans le quartier de l’église. Beaucoup de bâtiments religieux y sont encore en ruines, et les mendiants et racailles diverses y abondent. Tout comme les pigeons, les rats, ou les chiens errants au regard fixe et au comportement beaucoup trop tranquille, après lesquels les gosses courent armés de bâtons.
Au lieu dit, 3 gamins jouent aux dés, en gardant un lourd soupirail. Pas réjouis d’être dérangés, ils requièrent 12 pièces d’argent, simplement pour que le groupe ait droit à une entrevue avec le roi des rats. Un habitué masqué, que Schäffer reconnaît comme étant un elfe, leur passe devant. Riches, mais irrités par le tarif, nos résistants exigent un autre moyen de paiement. Les adolescents les envoient cacher un paquet contenant de la drogue, sur une gabarre.
Les quais sont surveillés par les elfes d’Etellorie, une capitaine connue pour sa violence, son racisme, et sa mesquinerie. Elle aime laisser le choix aux trafiquants : la prison, ou bien servir de cible pour qu’elle essaie ses nouvelles flèches. Certains s’en sortent, estropiés à vie. En journée, ses faucons survolent les navires à la recherche de resquilleurs.
Fort heureusement, ils ne la voient pas (même si cela n’est pas toujours un bon signe, avec les elfes). Isolde occupe les gardes en leur posant des questions, pour permettre à Amaury de mettre le feu à un étal, aggravé par l’alchimie de Magdalena. Branle-bas de combat sur les quais, à grands jets de seaux. Sous l’apparence illusoire d’un docker, Tano vient déposer le paquet, ni vu ni connu. Au point où Isolde est obligée d’insulter les gamins, qui les surveillaient, pour qu’ils admettent que le boulot soit fait.
Ils pénètrent enfin dans l’antre des Rats. Le complexe s’étend sur une vaste zone des égouts désaffectés. Certaines ouvertures scellées donnent sur le réseau d’assainissement nain. À entendre les chuchotements, et en comptant les bougies, ils estiment que le gang de mendiants a pris de l’essor, en huit ans. Impossible de s’y repérer facilement.
On les entraîne jusqu’à une vaste citerne souterraine, dont l’eau a disparu depuis longtemps. Le pourtour, pouvant servir de gradins en temps utile, est occupé par le butin de menus larcins, dans des proportions dantesques. Au bout de la pièce, juché sur un tas de bric-à-brac hétéroclite, un trône de récupération. Et sur celui-ci, un grand barbu, le responsable de toute cette syllogomanie (thésaurisation pathologique). Régulièrement, une ombre derrière son trône lui murmure des secrets à l’oreille.
Hors, Gondacre en a fait une appréciable source de revenus. Ils échangent donc la nouvelle que Erisadàn est contraint de faire un enfant à une prostituée de l’auberge du Pont, contre une preuve concrète que Carmichaël agit contre l’auberge de l’Épée. Le roi des Rats la leur transmettra dès qu’ils auront mis la main dessus. Mais aussi, contre un indice pour identifier la Flèche. D’après Gondacre, un réfugié norlander, nommé Lothaire, serait en contact avec lui. Cela lui donnerait un atout pour lutter contre les mensonges d’un prophète nommé Canaan.
Ensuite, ils lui demandent le prix du passage, pour se rendre en sécurité dans la Sylve. C’est très cher : 20 pièces d’argent par personne. D’une autre côté, c’est une fois pour toute, et chaque récolte de plantes alchimiques vendues aux bonnes personnes peut facilement atteindre ce prix là. Sans parler de ceux qui voudraient leur usurper le trafic de nénuphars pourpres, un de leurs gagne-pains. Néanmoins, ils peuvent aussi obtenir le libre passage contre un renseignement critique, ou un paquet de chocolats par personne.
Et c’est là que tout est parti en vrille.
Dans la cuisine, Magdalena tripote son nouveau plat à tajine. Elle se rend bien compte qu’il est magique, et ne peut pas croire qu’il se limite à fournir un menu végétarien. Il possède des trous, situés le long de sa cheminée, entourés de fines gravures elfiques. Elle se demande s’il ne s’agirait pas d’un aludel, un appareil légendaire datant de la découverte de l’alchimie.
Grâce à son alambic, Magdalena raccorde l’étrange artefact à son athanor. Celui-ci cuit les substances, mais sert aussi de batterie magique, selon Archibald, son mentor, qui le lui avait donné à la fin de ses études. L’alambic concentre les fumées de l’athanor, et elle suppose que l’aludel sert à produire des vapeurs qui vont se mélanger aux fumées dans l’alambic, pour engendrer des potions.
Elle commence avec une classique prime saveur, qui habille un aliment d’un goût inégalable. L’aludel recrache de petits jets de vapeurs, mais seulement à certains trous. Est-ce que c’est un moyen de programmer l’intensité et la durée de la cuisson ? Est-ce une sorte d’ocarina pas très pratique ? Elle en bouche certains, de ses doigts gantés. Ce sont d’autres trous qui chantent. S’en suit un étrange dialogue mélodieux, où règne l’incompréhension. Magdalena peste ! Comme elle aimerait connaître un elfe, si possible s’y connaissant en musique et en magie…
À bon chat, bons rats
L’un des soucis de Tano, c’est le rêve récurrent qu’il fait, dont il ignore s’il s’agit d’un souvenir ou pas, où il rencontre une fée dans la Sylve. Il a l’impression qu’il était plus jeune, sans en être certain. Sachant les règles régissant l’écoulement du temps dans la Sylve profonde (ou leur absence), cela ne signifie pas grand-chose.
Pour cela, ils veulent accéder à la Sylve sans risquer d’être interceptés par les elfes. Même si la zone à couvrir est trop vaste pour leur nombre, et que l’intrusion est faisable, ils savent que la punition est exemplaire. Mais ils connaissent des gens qui profitent d’un raccourci pour se rendre dans la Sylve. Quand ils ont libéré Dagwin, ce dernier leur a expliqué qu’il était trop jeune pour y avoir droit, mais que les autres Rats avaient leur entrée secrète. Dans tous les cas, il n’a aucune envie de recroiser leur maître de l’époque : Gondacre, le roi des rats. Avec Médéric, son confident, un assassin sournois, jouant de ses infirmités, ils alternent brutalités et faveurs pour tenir les orphelins de Brenhaven sous leur coupe.
Amaury n’est pas surpris d’apprendre que l’entrée de leur repaire est située dans le quartier de l’église. Beaucoup de bâtiments religieux y sont encore en ruines, et les mendiants et racailles diverses y abondent. Tout comme les pigeons, les rats, ou les chiens errants au regard fixe et au comportement beaucoup trop tranquille, après lesquels les gosses courent armés de bâtons.
Au lieu dit, 3 gamins jouent aux dés, en gardant un lourd soupirail. Pas réjouis d’être dérangés, ils requièrent 12 pièces d’argent, simplement pour que le groupe ait droit à une entrevue avec le roi des rats. Un habitué masqué, que Schäffer reconnaît comme étant un elfe, leur passe devant. Riches, mais irrités par le tarif, nos résistants exigent un autre moyen de paiement. Les adolescents les envoient cacher un paquet contenant de la drogue, sur une gabarre.
Les quais sont surveillés par les elfes d’Etellorie, une capitaine connue pour sa violence, son racisme, et sa mesquinerie. Elle aime laisser le choix aux trafiquants : la prison, ou bien servir de cible pour qu’elle essaie ses nouvelles flèches. Certains s’en sortent, estropiés à vie. En journée, ses faucons survolent les navires à la recherche de resquilleurs.
Fort heureusement, ils ne la voient pas (même si cela n’est pas toujours un bon signe, avec les elfes). Isolde occupe les gardes en leur posant des questions, pour permettre à Amaury de mettre le feu à un étal, aggravé par l’alchimie de Magdalena. Branle-bas de combat sur les quais, à grands jets de seaux. Sous l’apparence illusoire d’un docker, Tano vient déposer le paquet, ni vu ni connu. Au point où Isolde est obligée d’insulter les gamins, qui les surveillaient, pour qu’ils admettent que le boulot soit fait.
Ils pénètrent enfin dans l’antre des Rats. Le complexe s’étend sur une vaste zone des égouts désaffectés. Certaines ouvertures scellées donnent sur le réseau d’assainissement nain. À entendre les chuchotements, et en comptant les bougies, ils estiment que le gang de mendiants a pris de l’essor, en huit ans. Impossible de s’y repérer facilement.
On les entraîne jusqu’à une vaste citerne souterraine, dont l’eau a disparu depuis longtemps. Le pourtour, pouvant servir de gradins en temps utile, est occupé par le butin de menus larcins, dans des proportions dantesques. Au bout de la pièce, juché sur un tas de bric-à-brac hétéroclite, un trône de récupération. Et sur celui-ci, un grand barbu, le responsable de toute cette syllogomanie (thésaurisation pathologique). Régulièrement, une ombre derrière son trône lui murmure des secrets à l’oreille.
Hors, Gondacre en a fait une appréciable source de revenus. Ils échangent donc la nouvelle que Erisadàn est contraint de faire un enfant à une prostituée de l’auberge du Pont, contre une preuve concrète que Carmichaël agit contre l’auberge de l’Épée. Le roi des Rats la leur transmettra dès qu’ils auront mis la main dessus. Mais aussi, contre un indice pour identifier la Flèche. D’après Gondacre, un réfugié norlander, nommé Lothaire, serait en contact avec lui. Cela lui donnerait un atout pour lutter contre les mensonges d’un prophète nommé Canaan.
Ensuite, ils lui demandent le prix du passage, pour se rendre en sécurité dans la Sylve. C’est très cher : 20 pièces d’argent par personne. D’une autre côté, c’est une fois pour toute, et chaque récolte de plantes alchimiques vendues aux bonnes personnes peut facilement atteindre ce prix là. Sans parler de ceux qui voudraient leur usurper le trafic de nénuphars pourpres, un de leurs gagne-pains. Néanmoins, ils peuvent aussi obtenir le libre passage contre un renseignement critique, ou un paquet de chocolats par personne.
Et c’est là que tout est parti en vrille.
Le monde réel, on ne peut pas vivre avec, mais on ne peut pas vivre sans.
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Hubeuh
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Re: [CR] Pax elfica : et pour quelques elfes de plus
Chaud, chaud, cacao
Les premiers voyageurs cosmiques à avoir quitté Archéon étaient les géants, qui auraient d’abord colonisé la Lune blanche, il y a des éons, avant de quitter la planète. Par la suite, le flux des échanges avec d’autres astres, plus lointains, s’est poursuivi, pour atteindre un pic au Godanéryon lors de la fin de l’empire. Toutes sortes de marchandises s’échangeaient, dont, par hasard, un peu de cacao. À ce moment-là, Archéon, totalement cartographiée, était partagée entre 3 empires : Godanéryon, Yùxia, et le Califat Djinnide. Quand les hauts elfes du Godanéryon ont goûté au chocolat pour la première fois, ils se sont aperçu que cela avait un puissant effet psychotrope sur eux. Au lieu de l’interdire complètement, ils ont drastiquement taxé et limité sa vente. Les nouvelles plantations de cacaotiers s’étendaient dans les colonies tropicales du Godanéryon, et le cacao était ramené par le réseau de téléportation. Ces colonies ont été abandonnées ou conquises par les deux autres empires, lors de la Thanatocratie. Mais vers la fin de l’empire, de puissants mages étaient parvenus à modifier l’espèce, pour qu’elle survive sous des latitudes beaucoup plus nordiques. La proximité des Steineheisse, qui assurent un climat doux en hiver, étaient le lieu idéal pour cela.
Hélas, l’octessence nécessaire rend l’espèce fragile, et coûteuse. Aussi, seuls quelques spécimens protégés par des morts vivants passionnés ont échappé à la Thanatocratie. Il a fallu une dizaine d’années pour que des herboristes parviennent à en replanter un petit bois, à Kakoastadt. Juste à temps pour que les elfes naria ressortent de la Nariamorién. Considérée comme une drogue témoignant de la décadence des elfes du Godénaryon, c’est une faute d’en consommer publiquement. Les soldats elfes qui peuvent se le permettre oublient leur condition, en mangeant des chocolats en cachette. Mais le commerce de cacao reste tout aussi limité et réglementé qu’à la fin de l’empire. La seule chocolaterie existante, tenue par la famille Holberger, est donc extrêmement surveillée.
Mais sans péril, pas de gloire. D’autant plus qu’Amaury connaît déjà un employé de la chocolaterie. Carl, un chasseur de rats, s’avère être un fanatique de la Nouvelle flamme. Par contre, ce n’est pas le couteau le plus affûté du tiroir. Comme les fèves proviennent de Kakaostadt, en amont, elles sont débarquées du bateau sur le quai de la chocolaterie. Pour lui, c’est l’endroit le plus facile d’accès, d’autant plus que l’entrée et la cour sont surveillées par un arbre guet. Ce soir, il leur laissera deux portes ouvertes pour se faufiler à l’intérieur.
Leur plan, c’est tout simplement de remplacer des chocolats par un ersatz. Magdalena fabrique des fournées de faux chocolats à base de marrons, saupoudrés légèrement de cacao pour faire illusion, et oints de la prime saveur pour duper les dégustateurs. Ils espèrent couper le chocolat dans son laboratoire, avant de le dealer.
Schäffer connaît un sort pour passer à travers un mur, en se changeant temporairement en humidité. Il peut en faire profiter quelqu’un de volontaire ; c’est évidemment une infraction faisant grimper l’agressivité des elfes. Tout comme les illusions de Tanorivel, qui développe ses pouvoirs féeriques. Le demi-elfe choisit de se faire passer pour un chat. Le tout est de ne pas se faire prendre.
Et pour éviter d’être fouillés sur le retour, ils prévoient de cacher leur butin dans une barque, utilisée pour arriver discrètement. Ils récupéreront leur sac le lendemain.
Mais Isolde a bien du mal à trouver une excuse incognito pour justifier la location d’une barque. Au vu de la surveillance des quais, elle hésite avec une infiltration sous-marine. Elle commence par expliquer qu’elle veut apprendre à nager à son chien, et donc qu’elle voudrait une bouée. Mais la vendeuse, serviable, lui explique qu’avec la température de l’eau, c’est le meilleur moyen de le tuer. Sans vergogne, Isolde lui répond que c’est un chien solide, un berger norlander. La vendeuse lui propose donc une sorte de brassard en peau de potame. Comprenant peut-être que cela sera difficile de faire flotter au moins deux personnes avec deux brassards, elle lui rétorque que c’est un très grand chien, très haut sur pattes. Blasée, la vendeuse lui fabrique rapidement une sorte de chaise où sont greffées des bouées, « pour lui apprendre à pédaler des pattes arrières ». Essayant d’éviter à ses camarades d’être forcés de manger le chocolat pour empêcher l’hypothermie, elle loue une barque en même temps.
Ils essaient à deux reprises de se rapprocher de la chocolaterie par le fleuve, et sont aperçus les deux fois. Le courant les force à se positionner juste avant les bâtiments. En effet, en aval, c’est la sortie de la ville, gardée par une tour qui termine le mur d’enceinte. Comme il donne sur le quartier embrumé, c’est compliqué d’y échapper au regard des gardes.
Tant pis, ils décident de passer par voie de terre. Tanorivel est propulsé à l’intérieur par Schäffer à travers un mur, et se faufile entre les torréfacteurs, et les sacs de fèves. Mais comme ses pouvoirs sont féeriques, ils subissent parfois des hiatus, et il s’aperçoit que l’illusion de chat qui le recouvre a attiré l’attention d’une femelle énamourée.
Il sort du bâtiment pour contourner la cour, sous les yeux des elfes imperturbables. C’est là qu’il prend conscience qu’ils ont oublié non seulement d’étudier les caractéristiques du lieu avant l’intrusion grâce à la Flamme, mais aussi de se relier avec le réseau mental d’Isolde. Parce qu’une violente force magique essaie de lever son illusion, et il n’y résiste que de justesse. Combien d’autres protections magiques il y a, et de quels types, il n’en a aucune idée. Mais il sait que tout repose sur lui, qui doit traverser tous les bâtiments les bras chargés de chocolats, à plusieurs reprises, sous les yeux des elfes. Inquiet pour son avenir, il préfère renoncer.
Bredouilles, ils soupent tardivement, et amèrement. Janelle leur explique leur première leçon : on ne donne pas de chocolat aux chiens-girafes laineux, au milieu de la Waldine quand il fait trop froid.
Les premiers voyageurs cosmiques à avoir quitté Archéon étaient les géants, qui auraient d’abord colonisé la Lune blanche, il y a des éons, avant de quitter la planète. Par la suite, le flux des échanges avec d’autres astres, plus lointains, s’est poursuivi, pour atteindre un pic au Godanéryon lors de la fin de l’empire. Toutes sortes de marchandises s’échangeaient, dont, par hasard, un peu de cacao. À ce moment-là, Archéon, totalement cartographiée, était partagée entre 3 empires : Godanéryon, Yùxia, et le Califat Djinnide. Quand les hauts elfes du Godanéryon ont goûté au chocolat pour la première fois, ils se sont aperçu que cela avait un puissant effet psychotrope sur eux. Au lieu de l’interdire complètement, ils ont drastiquement taxé et limité sa vente. Les nouvelles plantations de cacaotiers s’étendaient dans les colonies tropicales du Godanéryon, et le cacao était ramené par le réseau de téléportation. Ces colonies ont été abandonnées ou conquises par les deux autres empires, lors de la Thanatocratie. Mais vers la fin de l’empire, de puissants mages étaient parvenus à modifier l’espèce, pour qu’elle survive sous des latitudes beaucoup plus nordiques. La proximité des Steineheisse, qui assurent un climat doux en hiver, étaient le lieu idéal pour cela.
Hélas, l’octessence nécessaire rend l’espèce fragile, et coûteuse. Aussi, seuls quelques spécimens protégés par des morts vivants passionnés ont échappé à la Thanatocratie. Il a fallu une dizaine d’années pour que des herboristes parviennent à en replanter un petit bois, à Kakoastadt. Juste à temps pour que les elfes naria ressortent de la Nariamorién. Considérée comme une drogue témoignant de la décadence des elfes du Godénaryon, c’est une faute d’en consommer publiquement. Les soldats elfes qui peuvent se le permettre oublient leur condition, en mangeant des chocolats en cachette. Mais le commerce de cacao reste tout aussi limité et réglementé qu’à la fin de l’empire. La seule chocolaterie existante, tenue par la famille Holberger, est donc extrêmement surveillée.
Mais sans péril, pas de gloire. D’autant plus qu’Amaury connaît déjà un employé de la chocolaterie. Carl, un chasseur de rats, s’avère être un fanatique de la Nouvelle flamme. Par contre, ce n’est pas le couteau le plus affûté du tiroir. Comme les fèves proviennent de Kakaostadt, en amont, elles sont débarquées du bateau sur le quai de la chocolaterie. Pour lui, c’est l’endroit le plus facile d’accès, d’autant plus que l’entrée et la cour sont surveillées par un arbre guet. Ce soir, il leur laissera deux portes ouvertes pour se faufiler à l’intérieur.
Leur plan, c’est tout simplement de remplacer des chocolats par un ersatz. Magdalena fabrique des fournées de faux chocolats à base de marrons, saupoudrés légèrement de cacao pour faire illusion, et oints de la prime saveur pour duper les dégustateurs. Ils espèrent couper le chocolat dans son laboratoire, avant de le dealer.
Schäffer connaît un sort pour passer à travers un mur, en se changeant temporairement en humidité. Il peut en faire profiter quelqu’un de volontaire ; c’est évidemment une infraction faisant grimper l’agressivité des elfes. Tout comme les illusions de Tanorivel, qui développe ses pouvoirs féeriques. Le demi-elfe choisit de se faire passer pour un chat. Le tout est de ne pas se faire prendre.
Et pour éviter d’être fouillés sur le retour, ils prévoient de cacher leur butin dans une barque, utilisée pour arriver discrètement. Ils récupéreront leur sac le lendemain.
Mais Isolde a bien du mal à trouver une excuse incognito pour justifier la location d’une barque. Au vu de la surveillance des quais, elle hésite avec une infiltration sous-marine. Elle commence par expliquer qu’elle veut apprendre à nager à son chien, et donc qu’elle voudrait une bouée. Mais la vendeuse, serviable, lui explique qu’avec la température de l’eau, c’est le meilleur moyen de le tuer. Sans vergogne, Isolde lui répond que c’est un chien solide, un berger norlander. La vendeuse lui propose donc une sorte de brassard en peau de potame. Comprenant peut-être que cela sera difficile de faire flotter au moins deux personnes avec deux brassards, elle lui rétorque que c’est un très grand chien, très haut sur pattes. Blasée, la vendeuse lui fabrique rapidement une sorte de chaise où sont greffées des bouées, « pour lui apprendre à pédaler des pattes arrières ». Essayant d’éviter à ses camarades d’être forcés de manger le chocolat pour empêcher l’hypothermie, elle loue une barque en même temps.
Ils essaient à deux reprises de se rapprocher de la chocolaterie par le fleuve, et sont aperçus les deux fois. Le courant les force à se positionner juste avant les bâtiments. En effet, en aval, c’est la sortie de la ville, gardée par une tour qui termine le mur d’enceinte. Comme il donne sur le quartier embrumé, c’est compliqué d’y échapper au regard des gardes.
Tant pis, ils décident de passer par voie de terre. Tanorivel est propulsé à l’intérieur par Schäffer à travers un mur, et se faufile entre les torréfacteurs, et les sacs de fèves. Mais comme ses pouvoirs sont féeriques, ils subissent parfois des hiatus, et il s’aperçoit que l’illusion de chat qui le recouvre a attiré l’attention d’une femelle énamourée.
Il sort du bâtiment pour contourner la cour, sous les yeux des elfes imperturbables. C’est là qu’il prend conscience qu’ils ont oublié non seulement d’étudier les caractéristiques du lieu avant l’intrusion grâce à la Flamme, mais aussi de se relier avec le réseau mental d’Isolde. Parce qu’une violente force magique essaie de lever son illusion, et il n’y résiste que de justesse. Combien d’autres protections magiques il y a, et de quels types, il n’en a aucune idée. Mais il sait que tout repose sur lui, qui doit traverser tous les bâtiments les bras chargés de chocolats, à plusieurs reprises, sous les yeux des elfes. Inquiet pour son avenir, il préfère renoncer.
Bredouilles, ils soupent tardivement, et amèrement. Janelle leur explique leur première leçon : on ne donne pas de chocolat aux chiens-girafes laineux, au milieu de la Waldine quand il fait trop froid.
Le monde réel, on ne peut pas vivre avec, mais on ne peut pas vivre sans.
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Re: [CR] Pax elfica : et pour quelques elfes de plus
Treizième séance : où l’on devient tous des influenceurs
Circuit organisé tout inclus
Le froid s’accentue, mais, malgré l’état des finances domestiques de sa maisonnée, Hans (le second) a allumé la cheminée de la grande salle, ainsi que celle dans la chambre d’Isolde. Elle trouve cela bien confortable.
Belandir assiège toujours l’auberge de l’épée, empêchant certains clients d’entrer. Mais avec un peu d’astuce et les bons plats de Gord, Dagwin parvient à le distraire.
L’heure n’est pas à l’apitoiement sur eux-mêmes. Ils ont de l’argent, ils n’ont qu’à payer le passage de Tanorivel par le souterrain des Rats, et comme cela, il ramènera assez de plantes et d’ingrédients pour leur financer le trajet. Ils retrouveront ensuite sa marraine onirique. Il pourrait passer sous le nez des elfes, mais pourquoi s’embêter ?
Tano se rend donc seul chez les Rats, avec les 20 pièces d’argent requises. Il est guidé par les jeunes de l’entrée dans les souterrains, sous les ruines des temples, jusqu’à la salle des butins. Gondacre est modérément heureux de le revoir aussi vite. Il est loin d’avoir pu mettre la main sur la preuve qu’ils ont négociée. Carmichaël n’est pas bête au point de coucher par écrit ses ordres ou ses plans. Par ailleurs, il semble se tenir tranquille pour le moment. Mais les Rats respecteront leur part du marché, d’une façon ou d’une autre.
Le trajet dans les souterrains n’est pas agréable. Tano et son escorte franchissent une longue portion humide, sans doute sous la Waldine, et croisent plusieurs embranchements obscurs, d’où s’échappent des couinements qui donnent chair aux exagérations de Carl le chasseur de rats.
Notre demi-elfe féerique émerge dans la Sylve, à un endroit qu’il ne reconnaît pas du tout. Il déambule en picorant des plantes lui paraissant intéressantes, jusqu’à parvenir à un sentier. Celui-ci est emprunté, un peu plus loin, par une étrange procession, sous les frondaisons rousses. Un mégacéros immaculé, aux yeux luminescents, les bois chargés de petits fays divers, mène une file de chevreuils, de daims et de cerfs de tailles normales, mais aux pelages plus ou moins étranges, zébrés ou marbrés de motifs feuillus. Ils s’arrêtent devant les ruines d’un bâtiment impérial, envahi par la végétation. Un blason effacé rappelant une créature reptilienne volante, tenant une sphère dans chaque main, orne le fronton. Une sorte de sylvanien en sort, et offre son bras aux animaux, qui se nourrissent des fruits qui y poussent. Tano se présente à eux, paisiblement, ailes et métamorphose féeriques déployées. L’immense cerf sacré incline sa ramure, tandis que de petites fées s’introduisent dans les ruines, et en ressortent en portant divers objets brillants. Un collier de perles tombe dans le giron de Tano, qui s’en saisit. Sur ces entrefaites, les animaux s’en vont, le laissant seul avec l’entité végétale. Il décline son nom et sa lignée, et avec beaucoup de peine, la créature répète « Serindewen », le nom de sa mère. Cependant, ne comprenant pas vraiment ce que veut le demi-elfe, le sylvanien agrippe son bâton fleuri magique, et le mange. Il en ressort aussitôt un autre, qui a une apparence beaucoup plus rustique, et le rend à Tano. Puis, il regagne sa tanière.
Satisfait de son voyage, mais frustré de ne pas en savoir plus sur sa marraine, Tano reprend le chemin inverse. Il s’aperçoit qu’il a été abandonné par ses guides, qu’il rattrape assez vite. En tout, cette escapade lui a pris 5 minutes. Isolde lui apprend que le nouveau bâton affecte mieux les plantes, et les perles du collier, lancées, deviennent des prisons invisibles.
Le meilleur moyen de tuer une rumeur est de s’en désintéresser
Isolde aimerait qu’ils attaquent la faction des Cordeliers. Mais pour abattre ces nouveaux riches, il leur faudrait transmettre les preuves de leur trafic à quelqu’un d’influent. Ils ne sont pas très chauds pour la confier aux elfes. Ils étudient les membres du Conseil des 8, pour trouver le bon candidat.
Alors qu’ils planifient leur journée, ils sont rejoints par Guilhelm, le videur. Celui-ci a obtenu une information ! Une petite fille capable de résister aux poisons aurait découvert ses pouvoirs dans le quartier de la Rivière, à l’extérieur de la ville. Sa mère célibataire est pêcheuse. Elles s’appelleraient Greta. Au moins l’une des deux. Et la valeur du renseignement va décroître à toute vitesse, parce qu’il a simplement appris cela d’une indiscrétion aux Halles.
La justesse des informations leur semble vaseuse, mais ils veulent bien creuser, et se rendent au quartier des halles. Les halles se tiennent devant le Fort Greifstark, sur une place rejointe par la plupart des rues, enceinte d’arcades. Des arbres guet permettent aux elfes de s’assurer qu’il n’y a pas de vol. Et à l’entrée de celle-ci, la statue du Garant d’Aurelius Maggiere force les participants d’un contrat commercial à le respecter, sous peine d’une malédiction à la mesure de la trahison. Ils échangent quelques potins, et accumulent des renseignements sur la petite fille. Elle serait capable de susciter des champignons vénéneux, ou de multiplier les poissons (et non les poisons). Mais pas de trace de Greta. Dans un coin, une statue d’Augustus Maggiere débite un reportage lénifiant sur la protection offerte par les soldats elfes, qui sont toujours là pour défendre la veuve l’orphelin, et ceux qui n’ont rien à se reprocher, avec la voix de Sofia, la présentatrice officielle, voix du régime.
Alors, ils se rendent au quartier du port. Ils le connaissent bien, c’est là qu’ils ont mis le feu la veille. Ils font le tour de la criée. Isolde achète un petit poisson à chaque vendeur, seulement pour connaître leur nom, et s’ils ont des enfants. Ils identifient plusieurs Greta, mais aucune qui ne corresponde. Par contre, ils collectent un corpus de faits concernant la fillette qui ferait pâlir un scribe : elle pourrait se changer en poisson, ou en chien, ou métamorphoser les gens en chien, ou bien nager très vite, aboyer très brutalement, ou rendre les gens muets comme une carpe, voire attraper des choses avec un filet invisible. À ce stade, ils sont persuadés que c’est un piège. Sauf que les elfes semblent agacés par la rumeur, qui n’a pas l’air fiable du tout. D’ailleurs, nos résistants aussi mettent la main à la pâte, et aggravent la situation, en ajoutant des détails croustillants. Les seuls points communs sont son adresse approximative, que ce soit une petite fille, et le statut de sa mère.
Circuit organisé tout inclus
Le froid s’accentue, mais, malgré l’état des finances domestiques de sa maisonnée, Hans (le second) a allumé la cheminée de la grande salle, ainsi que celle dans la chambre d’Isolde. Elle trouve cela bien confortable.
Belandir assiège toujours l’auberge de l’épée, empêchant certains clients d’entrer. Mais avec un peu d’astuce et les bons plats de Gord, Dagwin parvient à le distraire.
L’heure n’est pas à l’apitoiement sur eux-mêmes. Ils ont de l’argent, ils n’ont qu’à payer le passage de Tanorivel par le souterrain des Rats, et comme cela, il ramènera assez de plantes et d’ingrédients pour leur financer le trajet. Ils retrouveront ensuite sa marraine onirique. Il pourrait passer sous le nez des elfes, mais pourquoi s’embêter ?
Tano se rend donc seul chez les Rats, avec les 20 pièces d’argent requises. Il est guidé par les jeunes de l’entrée dans les souterrains, sous les ruines des temples, jusqu’à la salle des butins. Gondacre est modérément heureux de le revoir aussi vite. Il est loin d’avoir pu mettre la main sur la preuve qu’ils ont négociée. Carmichaël n’est pas bête au point de coucher par écrit ses ordres ou ses plans. Par ailleurs, il semble se tenir tranquille pour le moment. Mais les Rats respecteront leur part du marché, d’une façon ou d’une autre.
Le trajet dans les souterrains n’est pas agréable. Tano et son escorte franchissent une longue portion humide, sans doute sous la Waldine, et croisent plusieurs embranchements obscurs, d’où s’échappent des couinements qui donnent chair aux exagérations de Carl le chasseur de rats.
Notre demi-elfe féerique émerge dans la Sylve, à un endroit qu’il ne reconnaît pas du tout. Il déambule en picorant des plantes lui paraissant intéressantes, jusqu’à parvenir à un sentier. Celui-ci est emprunté, un peu plus loin, par une étrange procession, sous les frondaisons rousses. Un mégacéros immaculé, aux yeux luminescents, les bois chargés de petits fays divers, mène une file de chevreuils, de daims et de cerfs de tailles normales, mais aux pelages plus ou moins étranges, zébrés ou marbrés de motifs feuillus. Ils s’arrêtent devant les ruines d’un bâtiment impérial, envahi par la végétation. Un blason effacé rappelant une créature reptilienne volante, tenant une sphère dans chaque main, orne le fronton. Une sorte de sylvanien en sort, et offre son bras aux animaux, qui se nourrissent des fruits qui y poussent. Tano se présente à eux, paisiblement, ailes et métamorphose féeriques déployées. L’immense cerf sacré incline sa ramure, tandis que de petites fées s’introduisent dans les ruines, et en ressortent en portant divers objets brillants. Un collier de perles tombe dans le giron de Tano, qui s’en saisit. Sur ces entrefaites, les animaux s’en vont, le laissant seul avec l’entité végétale. Il décline son nom et sa lignée, et avec beaucoup de peine, la créature répète « Serindewen », le nom de sa mère. Cependant, ne comprenant pas vraiment ce que veut le demi-elfe, le sylvanien agrippe son bâton fleuri magique, et le mange. Il en ressort aussitôt un autre, qui a une apparence beaucoup plus rustique, et le rend à Tano. Puis, il regagne sa tanière.
Satisfait de son voyage, mais frustré de ne pas en savoir plus sur sa marraine, Tano reprend le chemin inverse. Il s’aperçoit qu’il a été abandonné par ses guides, qu’il rattrape assez vite. En tout, cette escapade lui a pris 5 minutes. Isolde lui apprend que le nouveau bâton affecte mieux les plantes, et les perles du collier, lancées, deviennent des prisons invisibles.
Le meilleur moyen de tuer une rumeur est de s’en désintéresser
Isolde aimerait qu’ils attaquent la faction des Cordeliers. Mais pour abattre ces nouveaux riches, il leur faudrait transmettre les preuves de leur trafic à quelqu’un d’influent. Ils ne sont pas très chauds pour la confier aux elfes. Ils étudient les membres du Conseil des 8, pour trouver le bon candidat.
- Klaus est de leur côté, mais manque d’appuis.
- Carmichaël ne les aiderait pas, même si c’était son intérêt.
- Ils ont déjà entendu parler d’Ambrosia, la naine directrice des bains, mais voudraient aller la voir avec la preuve que Carmichaël n’est pas fiable.
- Le margrave Tancrède ne se déplace que rarement au conseil : il préfère envoyer le prévôt Godefroi, ou bien Sofia, la chargée de communication.
- Gretella van Koester est une enflure, si l’on écoute Klaus. Elle n’est pas que cupide, elle est vicieuse. Quand elle offre son aide, la souffrance qui s’en suit ne justifie jamais ses maigres bienfaits.
- Sur les 3 suivants, Wolfram le nain des ateliers de tissus, Mar’Drak le demi-orque maître de la carrière de pierre et de la guilde des maçons, et Owen, directeur des hauts fourneaux et des forges, ils manquent d’informations.
Alors qu’ils planifient leur journée, ils sont rejoints par Guilhelm, le videur. Celui-ci a obtenu une information ! Une petite fille capable de résister aux poisons aurait découvert ses pouvoirs dans le quartier de la Rivière, à l’extérieur de la ville. Sa mère célibataire est pêcheuse. Elles s’appelleraient Greta. Au moins l’une des deux. Et la valeur du renseignement va décroître à toute vitesse, parce qu’il a simplement appris cela d’une indiscrétion aux Halles.
La justesse des informations leur semble vaseuse, mais ils veulent bien creuser, et se rendent au quartier des halles. Les halles se tiennent devant le Fort Greifstark, sur une place rejointe par la plupart des rues, enceinte d’arcades. Des arbres guet permettent aux elfes de s’assurer qu’il n’y a pas de vol. Et à l’entrée de celle-ci, la statue du Garant d’Aurelius Maggiere force les participants d’un contrat commercial à le respecter, sous peine d’une malédiction à la mesure de la trahison. Ils échangent quelques potins, et accumulent des renseignements sur la petite fille. Elle serait capable de susciter des champignons vénéneux, ou de multiplier les poissons (et non les poisons). Mais pas de trace de Greta. Dans un coin, une statue d’Augustus Maggiere débite un reportage lénifiant sur la protection offerte par les soldats elfes, qui sont toujours là pour défendre la veuve l’orphelin, et ceux qui n’ont rien à se reprocher, avec la voix de Sofia, la présentatrice officielle, voix du régime.
Alors, ils se rendent au quartier du port. Ils le connaissent bien, c’est là qu’ils ont mis le feu la veille. Ils font le tour de la criée. Isolde achète un petit poisson à chaque vendeur, seulement pour connaître leur nom, et s’ils ont des enfants. Ils identifient plusieurs Greta, mais aucune qui ne corresponde. Par contre, ils collectent un corpus de faits concernant la fillette qui ferait pâlir un scribe : elle pourrait se changer en poisson, ou en chien, ou métamorphoser les gens en chien, ou bien nager très vite, aboyer très brutalement, ou rendre les gens muets comme une carpe, voire attraper des choses avec un filet invisible. À ce stade, ils sont persuadés que c’est un piège. Sauf que les elfes semblent agacés par la rumeur, qui n’a pas l’air fiable du tout. D’ailleurs, nos résistants aussi mettent la main à la pâte, et aggravent la situation, en ajoutant des détails croustillants. Les seuls points communs sont son adresse approximative, que ce soit une petite fille, et le statut de sa mère.
Le monde réel, on ne peut pas vivre avec, mais on ne peut pas vivre sans.
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Re: [CR] Pax elfica : et pour quelques elfes de plus
30 millions d’ennemis
Même si c’est un traquenard, rien ne les empêche de le vérifier, à distance respectable. Grimés et vêtus pour l’occasion, ils la jouent discrétion, reliés par le réseau mental de leur noble draconique. Ils quittent la ville, pour se rendre au quartier de la rivière. Ils se séparent pour couvrir plus de terrain. Ils croisent de plus en plus de gens qui font la même chose qu’eux, et posent des questions, simples badauds curieux. Les passants s’inquiètent que la Flèche pourrait être la véritable cible de ces gardes. Mais les elfes et le Guet présents dans le quartier sont paralysés, occupés à les décourager d’approcher. Tano est persuadé que la Flèche est son oncle Tharivel, et pense qu’il est déjà au courant.
En faisant le tour par la berge, Isolde aperçoit une fillette en train de jouer, au bout du jardin d’une cabane de pêcheur, au bord de l’eau. Les autres ont vu que la foule a élu cette maison comme celle de la rumeur, et ils ne cessent de frapper à sa porte, dérangeant ses occupants. En s’approchant, Isolde découvre que la gamine aplatit avec enthousiasme une grenouille qu’elle a capturée, à coups de pierre. Sur le rocher où elle est assise, deux autres cadavres de grenouilles, une tanche, un moineau et deux souris, tous fracassés. Elle s’appelle en fait Heïdi, comme le crie sa mère depuis l’intérieur, lui intimant l’ordre d’arrêter immédiatement. Interloquée, Isolde lui demande pourquoi elle massacre ces pauvres animaux. La gamine répond que ce sont des elfes. Elle le sait parce qu’ils lui parlent. Pour elle, les animaux qui parlent sont forcément des elfes. Pas certaine de la convaincre de quoi que ce soit, Isolde appelle les autres.
Ils confirment leurs observations : c’est une enfant prodige. Cela fait beaucoup d’enfants qui découvrent soudainement leurs pouvoirs, en suivant l’ouverture de la trappe de leur auberge. Ils ont l’impression d’avoir ouvert la boîte de Pandore... Schäffer explique tranquillement à Heïdi que, si elle peut parler aux animaux, ce ne sont pas toujours des arindeäls incarnées en train d’espionner. La petite est effondrée, quand elle comprend qu’elle a torturé tout un tas de bestioles qui n’avaient rien demandé. (Enfin, si, certaines oui, mais pas ça du tout.) Et elle exprime son chagrin à grands sanglots manquant cruellement de discrétion. Pourtant, sa mère ne sort pas de la cabane.
Amaury s’approche de la fenêtre, pour regarder à l’intérieur, quand un rayon arc-en-ciel, venu des nuages, frappe le toit et enveloppe la demeure. De l’intérieur s’échappent divers cris de surprise : la cabane est effectivement pleine d’agents du Guet et d’enfaytés, en plus de la maman. Avec son habitude des objets qu’elle collectionne, et son regard draconique, Isolde analyse l’arc-en-ciel comme un enchantement féerique, qui frappe une coque de non détection antérieure. Les gardes sont hébétés par la lumière.
Schäffer et Magdalena persuadent Heïdi qu’elle sera mieux avec eux. Elle leur raconte qu’elle a perdu son papa, qui a commis le crime de couper du bois pour leur empêcher de mourir de froid cet hiver. Il a été enfayté par les elfes, et elle les déteste. Et comme il y en a plein sa maison, elle veut bien suivre ses nouveaux amis. Mais leur discussion a été bien trop longue, et l’ensorcellement s’épuise. Isolde refuse de laisser la mère là, et contre l’avis d’Amaury, le pousse à la sortir de là. Le prêtre de la flamme l’attrape au lasso, et ils prennent la tangente le plus vite possible.
Ils sont pourchassés de trop près. Pour s’enfuir, Tanorivel projette l’illusion que la Flèche les protège, sur un toit. Les traits elfiques pleuvent autour d’eux, mais les archers se concentrent sur la fausse Flèche. Isolde gueule qu’on attaque la Flèche, et les gens s’attroupent pour mieux voir, empêchant les soldats d’arriver. Finalement, frère Amaury est forcé de sacrifier un croyant de la Flamme, qui s’interpose en le reconnaissant. C’est ainsi qu’ils quittent le quartier, en courant.
Pour rappeler, appuyez sur 3…
Ils décident que le mieux, pour éviter les patrouilles, sera de quitter la ville, et d’amener directement Heïdi et sa mère à Glück. Courbés dans les champs, ils contournent Brenhaven par le nord, et gagnent les petits bois, esquivant les groupes de cavaliers elfes sur leurs montures entre l’antilope et l’alpaga, cachés aux yeux des buses par leur équipement magique. La mère émerge lentement de l’ensorcellement. Il ne leur faut pas dix minutes pour comprendre que sans elle, ils auraient trouvé le temps beaucoup plus long. En effet, peut-être qu’Heïdi apprécie un peu trop le sucre, ou bien qu’elle a un TDAH hyperactif au dernier degré (ou simplement qu’elle a 6 ans), mais elle a beaucoup de mal à rester en place, et à écouter les ordres. Elle est du genre à profiter d’une halte éclair, pour disparaître au sommet d’un chêne à aider un écureuil à ramasser des glands « parce qu’il lui a demandé ». Et si l’on la contrarie, elle hurle, ce qui attire les regards. Grâce à sa mère, elle se contente surtout de leur poser des questions fractales. Une question en attire forcément une autre, tout aussi basique et compliquée à la fois. Mais la pêcheuse s’inquiète : où vont-elles aller ?
C’est alors que Tano reçoit un message mental. Il reconnaît la voix de son oncle Tharivel. C’est la première fois qu’il le contacte ainsi. « La petite fille prodige du quartier de la rivière est un piège, ne vous en occupez surtout pas ! Les arindeäls ont placé sur elle un sort de détection pour la suivre à distance. Il faut absolument que vous préveniez la Flèche de ne pas s’y rendre ! » Fin…
Le groupe est un peu désarçonné. Amaury propose de les laisser là, et de fuir. Isolde refuse, et analyse le sort de détection. Elle s’aperçoit qu’il a été temporairement désactivé par de la magie féerique. Hélas, il ne va pas tarder à se rallumer. Le délai leur permettrait de les ramener à leur maison. Ils peuvent aussi retourner en ville, mais même s’ils parviennent à franchir les portes, leur temps imparti est trop court pour faire quoi que ce soit de plus. Mais selon Magdalena, il existerait un moyen de neutraliser ce sort : changer de dimension. Voilà un objectif qui ne manque pas d’ambition ! Isolde a déjà pu expérimenter que dans la Sylve, son lien avec son trésor devenait nettement plus ténu. Ils savent qu’il existe un passage de la Sylve vers ailleurs, et ils n’ont plus trop le choix. Ils auraient juste le temps de rejoindre le souterrain des Rats, à vol d’oiseau, qui se trouve dans le quartier de l’église, au nord. Même si le sort de détection se réactivait, ils seraient à ce moment-là sous terre. La Sylve est le domaine des elfes, mais la gueule du loup paraît pourtant leur seule issue.
Tano propose de passer par dessus les épaisses murailles avec ses ailes, en portant Heïdi. Bref, mais intense, si les archers, dont certains peuvent dissiper la magie, les remarquent. Le sort de Schäffer ne lui permet pas de passer à travers : le mur est trop massif. Ils préfèrent rester ensembles, et entrer en ville clandestinement, par barque… à contre-courant, pas le choix. Plus facile à dire qu’à faire. La navigation n’a jamais été trop leur truc, et Amaury est le seul à pagayer dans le bon sens. Heïdi et sa mère sont cachées sous une bâche de cuir. Depuis les tours qui flanquent la sortie de la ville, les elfes et les enfaytés les observent, alors que leur échéance s’amenuise de plus en plus. Qui ? Qui pourrait croire que les kidnappeurs décideraient de rentrer en ville juste après leur forfait, en barque à contre-courant, juste à l’aplomb des archers ? C’est trop gros, trop absurde. Mais qui aurait pu prévoir ? Quand ils parviennent enfin à toucher la berge, les gardes applaudissent (sauf ceux qui ont perdu leur pari).
Ils entrent dans les souterrains en courant, pas le temps de niaiser. Le conseiller glauque de Gondacre lui chuchote quelque chose à l’oreille. Il n’est de toutes façons pas stupide : tout le monde ne parle que de ça depuis le début de la matinée. En elle-même, la présence de nos trublions avec la mère et l’enfant est une très mauvaise nouvelle pour lui. Le mieux est de leur faire quitter les lieux au plus vite et de nier en bloc. Isolde négocie brutalement. Gondacre n’est pas capable de leur fournir la preuve qu’il leur a promis sur Carmichaël. Elle veut l’échanger contre deux choses :
Même si c’est un traquenard, rien ne les empêche de le vérifier, à distance respectable. Grimés et vêtus pour l’occasion, ils la jouent discrétion, reliés par le réseau mental de leur noble draconique. Ils quittent la ville, pour se rendre au quartier de la rivière. Ils se séparent pour couvrir plus de terrain. Ils croisent de plus en plus de gens qui font la même chose qu’eux, et posent des questions, simples badauds curieux. Les passants s’inquiètent que la Flèche pourrait être la véritable cible de ces gardes. Mais les elfes et le Guet présents dans le quartier sont paralysés, occupés à les décourager d’approcher. Tano est persuadé que la Flèche est son oncle Tharivel, et pense qu’il est déjà au courant.
En faisant le tour par la berge, Isolde aperçoit une fillette en train de jouer, au bout du jardin d’une cabane de pêcheur, au bord de l’eau. Les autres ont vu que la foule a élu cette maison comme celle de la rumeur, et ils ne cessent de frapper à sa porte, dérangeant ses occupants. En s’approchant, Isolde découvre que la gamine aplatit avec enthousiasme une grenouille qu’elle a capturée, à coups de pierre. Sur le rocher où elle est assise, deux autres cadavres de grenouilles, une tanche, un moineau et deux souris, tous fracassés. Elle s’appelle en fait Heïdi, comme le crie sa mère depuis l’intérieur, lui intimant l’ordre d’arrêter immédiatement. Interloquée, Isolde lui demande pourquoi elle massacre ces pauvres animaux. La gamine répond que ce sont des elfes. Elle le sait parce qu’ils lui parlent. Pour elle, les animaux qui parlent sont forcément des elfes. Pas certaine de la convaincre de quoi que ce soit, Isolde appelle les autres.
Ils confirment leurs observations : c’est une enfant prodige. Cela fait beaucoup d’enfants qui découvrent soudainement leurs pouvoirs, en suivant l’ouverture de la trappe de leur auberge. Ils ont l’impression d’avoir ouvert la boîte de Pandore... Schäffer explique tranquillement à Heïdi que, si elle peut parler aux animaux, ce ne sont pas toujours des arindeäls incarnées en train d’espionner. La petite est effondrée, quand elle comprend qu’elle a torturé tout un tas de bestioles qui n’avaient rien demandé. (Enfin, si, certaines oui, mais pas ça du tout.) Et elle exprime son chagrin à grands sanglots manquant cruellement de discrétion. Pourtant, sa mère ne sort pas de la cabane.
Amaury s’approche de la fenêtre, pour regarder à l’intérieur, quand un rayon arc-en-ciel, venu des nuages, frappe le toit et enveloppe la demeure. De l’intérieur s’échappent divers cris de surprise : la cabane est effectivement pleine d’agents du Guet et d’enfaytés, en plus de la maman. Avec son habitude des objets qu’elle collectionne, et son regard draconique, Isolde analyse l’arc-en-ciel comme un enchantement féerique, qui frappe une coque de non détection antérieure. Les gardes sont hébétés par la lumière.
Schäffer et Magdalena persuadent Heïdi qu’elle sera mieux avec eux. Elle leur raconte qu’elle a perdu son papa, qui a commis le crime de couper du bois pour leur empêcher de mourir de froid cet hiver. Il a été enfayté par les elfes, et elle les déteste. Et comme il y en a plein sa maison, elle veut bien suivre ses nouveaux amis. Mais leur discussion a été bien trop longue, et l’ensorcellement s’épuise. Isolde refuse de laisser la mère là, et contre l’avis d’Amaury, le pousse à la sortir de là. Le prêtre de la flamme l’attrape au lasso, et ils prennent la tangente le plus vite possible.
Ils sont pourchassés de trop près. Pour s’enfuir, Tanorivel projette l’illusion que la Flèche les protège, sur un toit. Les traits elfiques pleuvent autour d’eux, mais les archers se concentrent sur la fausse Flèche. Isolde gueule qu’on attaque la Flèche, et les gens s’attroupent pour mieux voir, empêchant les soldats d’arriver. Finalement, frère Amaury est forcé de sacrifier un croyant de la Flamme, qui s’interpose en le reconnaissant. C’est ainsi qu’ils quittent le quartier, en courant.
Pour rappeler, appuyez sur 3…
Ils décident que le mieux, pour éviter les patrouilles, sera de quitter la ville, et d’amener directement Heïdi et sa mère à Glück. Courbés dans les champs, ils contournent Brenhaven par le nord, et gagnent les petits bois, esquivant les groupes de cavaliers elfes sur leurs montures entre l’antilope et l’alpaga, cachés aux yeux des buses par leur équipement magique. La mère émerge lentement de l’ensorcellement. Il ne leur faut pas dix minutes pour comprendre que sans elle, ils auraient trouvé le temps beaucoup plus long. En effet, peut-être qu’Heïdi apprécie un peu trop le sucre, ou bien qu’elle a un TDAH hyperactif au dernier degré (ou simplement qu’elle a 6 ans), mais elle a beaucoup de mal à rester en place, et à écouter les ordres. Elle est du genre à profiter d’une halte éclair, pour disparaître au sommet d’un chêne à aider un écureuil à ramasser des glands « parce qu’il lui a demandé ». Et si l’on la contrarie, elle hurle, ce qui attire les regards. Grâce à sa mère, elle se contente surtout de leur poser des questions fractales. Une question en attire forcément une autre, tout aussi basique et compliquée à la fois. Mais la pêcheuse s’inquiète : où vont-elles aller ?
C’est alors que Tano reçoit un message mental. Il reconnaît la voix de son oncle Tharivel. C’est la première fois qu’il le contacte ainsi. « La petite fille prodige du quartier de la rivière est un piège, ne vous en occupez surtout pas ! Les arindeäls ont placé sur elle un sort de détection pour la suivre à distance. Il faut absolument que vous préveniez la Flèche de ne pas s’y rendre ! » Fin…
Le groupe est un peu désarçonné. Amaury propose de les laisser là, et de fuir. Isolde refuse, et analyse le sort de détection. Elle s’aperçoit qu’il a été temporairement désactivé par de la magie féerique. Hélas, il ne va pas tarder à se rallumer. Le délai leur permettrait de les ramener à leur maison. Ils peuvent aussi retourner en ville, mais même s’ils parviennent à franchir les portes, leur temps imparti est trop court pour faire quoi que ce soit de plus. Mais selon Magdalena, il existerait un moyen de neutraliser ce sort : changer de dimension. Voilà un objectif qui ne manque pas d’ambition ! Isolde a déjà pu expérimenter que dans la Sylve, son lien avec son trésor devenait nettement plus ténu. Ils savent qu’il existe un passage de la Sylve vers ailleurs, et ils n’ont plus trop le choix. Ils auraient juste le temps de rejoindre le souterrain des Rats, à vol d’oiseau, qui se trouve dans le quartier de l’église, au nord. Même si le sort de détection se réactivait, ils seraient à ce moment-là sous terre. La Sylve est le domaine des elfes, mais la gueule du loup paraît pourtant leur seule issue.
Tano propose de passer par dessus les épaisses murailles avec ses ailes, en portant Heïdi. Bref, mais intense, si les archers, dont certains peuvent dissiper la magie, les remarquent. Le sort de Schäffer ne lui permet pas de passer à travers : le mur est trop massif. Ils préfèrent rester ensembles, et entrer en ville clandestinement, par barque… à contre-courant, pas le choix. Plus facile à dire qu’à faire. La navigation n’a jamais été trop leur truc, et Amaury est le seul à pagayer dans le bon sens. Heïdi et sa mère sont cachées sous une bâche de cuir. Depuis les tours qui flanquent la sortie de la ville, les elfes et les enfaytés les observent, alors que leur échéance s’amenuise de plus en plus. Qui ? Qui pourrait croire que les kidnappeurs décideraient de rentrer en ville juste après leur forfait, en barque à contre-courant, juste à l’aplomb des archers ? C’est trop gros, trop absurde. Mais qui aurait pu prévoir ? Quand ils parviennent enfin à toucher la berge, les gardes applaudissent (sauf ceux qui ont perdu leur pari).
Ils entrent dans les souterrains en courant, pas le temps de niaiser. Le conseiller glauque de Gondacre lui chuchote quelque chose à l’oreille. Il n’est de toutes façons pas stupide : tout le monde ne parle que de ça depuis le début de la matinée. En elle-même, la présence de nos trublions avec la mère et l’enfant est une très mauvaise nouvelle pour lui. Le mieux est de leur faire quitter les lieux au plus vite et de nier en bloc. Isolde négocie brutalement. Gondacre n’est pas capable de leur fournir la preuve qu’il leur a promis sur Carmichaël. Elle veut l’échanger contre deux choses :
- la date d’une rencontre importante dans l’auberge du Pont, car elle sait qu’ils ont une potion de clairvoyance, et qu’avec l’appareil eidolonique, elle pourra tout enregistrer, pour convaincre la Vieille garde
- leur libre passage à tous, juste cette fois
Le monde réel, on ne peut pas vivre avec, mais on ne peut pas vivre sans.
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Hubeuh
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Re: [CR] Pax elfica : et pour quelques elfes de plus
« Toto, I've a feeling we're not in Kansas anymore »
Tano espère les amener jusqu’au cerf blanc. Malheureusement, tout le décor a changé. Ils comprennent maintenant pourquoi les elfes n’habitent pas simplement dans la Sylve. Menés par un optimisme forcé, ils vadrouillent au hasard en suivant le demi-elfe, à la recherche d’un hypothétique cercle de champignons. De Heïdi et de sa mère, impossible de dire laquelle des deux hallucine le plus, totalement dépassées par les évènements.
Ils passent sous une guirlande de lianes, à laquelle pendent des écorces peintes de visages grimaçants, des symboles ensanglantés tressés, et de petites poupées d’ossements. Des sous-bois proviennent des ricanements sardoniques, et le bruit froufroutant d’ailes de chauve-souris géantes. Curieusement, la rencontre avec ces inconnus ne les inspire pas, ne leur semble pas propice. Ils prennent les jambes à leur cou, fouettés par les ronces, arrosés par une pluie d’épines acérées trempées dans du poison féerique, projetées par leurs adversaires. La mère et Magdalena titubent, soumises à des hallucinations effrayantes, mais sont rattrapées par d’autres membres du groupe.
Essoufflé, perdu, désespéré, Tano se met à crier le nom de sa mère à tue-tête. Un curieux volatile aux ailes de papillon, un dragon fée, borgne, dévisage le demi-elfe. A-t-il reconnu l’interjection ? Est-il ému par le ton ? Dérangé par le bruit ? Impossible à dire : il parle beaucoup trop vite pour qu’ils comprennent quoi que ce soit. Quand Tano lui explique ce qu’il veut, le dragon fée a l’air d’y saisir quelque chose. Mais quoi ? En tous cas, il leur fait signe de le suivre. La clairière où ils arrivent comporte au centre un vestige du quartier royal de Brenhaven, désormais remplacé par la Sylve, une borne indicatrice, entourée de pavés. À son pied, des fleurs vert-bleues. Le dragon fée gesticule dans leur direction, et Tano n’hésite pas : il en mange une. Il est frappé de vertiges, et son ombre en profite pour filer. Une de perdue… Le dragon fée borgne hausse les épaules (ou les ailes), et lui mime qu’il faut les renifler. Ce qu’ils font tous.
Ils apparaissent dans une autre clairière, en tous points similaires, si ce n’est que la borne a disparu, et qu’à la place pousse un buisson de bruyère rouge. Ils se doutent qu’il suffit de sentir ces fleurs pour rentrer. C’est à peu près tout ce qu’ils savent, car la forêt automnale cède rapidement la place à une épaisse canopée émeraude, de hêtres, châtaigniers, de chênes, d’aulnes, et d’if. Tanorivel prend de la hauteur avec ses ailes. L’horizon, entre les nuages, laisse deviner une mer de mercure, ponctuée d’îles bénies (ou pas), flottant dans les airs, raccordées de torrents argentés. La forêt ne semble pas avoir de fin. Il aperçoit une farandole de grandes lumières ou de flammes, au sommet d’un arbre titanesque.
Avec sa description, Magdalena en conclut qu’ils sont dans le plan astral. Ses explications sont floues, mais ce n’est pas étonnant. Depuis les grandes révolutions magiques de la fin de l’Empire, les mages ont perdu de nombreuses données. Elle indique que le plan astral est un sas, un endroit transitoire, entre le plan primaire où se trouve Archéon, et la roue des plans extérieurs, où vivraient les dieux et les âmes des morts. Le plan astral est fait des pensées, conscientes ou non, des individus lorsque sa frontière est proche, et des peuples entiers quand on s’y enfonce. On peut donc y croiser des personnages historiques remémorés par leur nation, des rêves mouillés, des œuvres artistiques qui ont pris vie, des créatures de fables, des mentalistes en train de méditer, les psychoses d’un fou, des créatures prédatrices de pensées (comme les flagelleurs mentaux), la version idéalisée d’un lieu ou d’un concept, comme une machine abstraite reflétant la Loi, des démons ou des anges… Pour le péquin moyen, c’est juste l’endroit où vivent les fées. Les visiteurs de ce plan, quand ils viennent d’Archéon, ont le plus souvent une cordelette d’argent qui les relie à leur corps, parce qu’ils s’y trouvent uniquement sous forme astrale. Ce n’est pas leur cas. Ils sont à la merci de tout hiatus de leurs pensées. Généralement, les lieux/îles y sont raccordés par des chemins argentés, mais il n’y a rien autour d’eux.
Voilà l’été !
En suivant leur besoin de trouver une source d’eau, ils parviennent à un plan d’eau marécageux, planté d’herbes sèches. Amaury se demande bien ce qu’il y a dedans. Isolde suggère que cela pourrait bien être un kraken, et l’eau commence à s’agiter, pleine de bulles. Pas assez curieux pour mourir, Magdalena et Schäffer les éloignent rapidement. Tano, dépourvu d’idée pour les faire avancer, indique à Amaury ce qu’il a vu. Le prêtre de la Flamme espère tomber sur les rêves de ses fidèles, voire la Flamme elle-même. Ils suivent sa volonté, et le paysage se fait plus chaud, tout en restant forestier. De certains troncs pendent des pommes, grandes comme des coffres, et Isolde s’en coupe un quartier. Un goût inimitable, mais sa peau devient verte. Il s’engagent dans l’été, alors que Tanorivel cherche sa marraine, une fée du printemps.
Ils débouchent sur une vaste clairière entourée de gigantesques arbres aux troncs tourmentés, dont les nodosités servent d’habitations ou de brasiers scintillants, tandis que des châteaux faits de branches tissées pendent de la canopée. Un groupe de femmes volantes, aux voiles diaphanes, couronnées de lumière, aux colliers de céréales, descendent des branchages. Seule l’une d’entre elles parle la langue du Godan, mais ce n’est pas la plus aimable, et elles ne cessent de s’interrompre mutuellement. Ils doivent assurer qu’ils ne sont pas envoyés par les elfes. Elle accepte de lever le sort de localisation que subit Heïdi. Ils comprennent que ce groupe de fays, la Cour de l’été, déteste les elfes, à cause d’une abomination liée à l’essence draconique de leur forêt, la Nariamorién. Les elfes naria seraient différents des autres elfes. Ils auraient renié leurs dieux, pervertis les esprits de la nature, et ils réduisent les fays en esclavage. Leur plan, pour les éliminer, n’est pas clair, mais manifestement brutal. Ils annoncent que la Chasse sauvage sera balayée par les feux joyeux de l’été. Réjouissants pour tout le monde ? Elle rétorque que cela fait des millénaires que l’empire du Godanéryon rase leurs bois, oublie leurs fables, et élimine les leurs. Ils mériteront ce qui leur arrivera.
Pas trop impressionnés, ils continuent à leur poser des questions. Elle explique que l’enfaytement implique de projeter dans l’esprit de la victime les souffrances de créatures féeriques torturées par du fer froid, ce qui lave complètement le cerveau. Et à chaque fois que l’enfayté nuit à un elfe, directement ou non, il subit un rappel de cette souffrance. Elle ne connaît pas de moyen de guérir cet état.
Mais une des autres iele prend la parole, et elles commencent à se disputer. Est-ce que le plan de tout raser, et les éladrins reconnaîtront les leurs, est partagé par tous les fays de l’été ? En tout cas, elles n’apprécient pas du tout que des étrangers viennent semer la zizanie dans leurs rangs. Et d’un geste brusque, ils sont projetés à travers les songes, dans un torrent mercuriel, qui les épuise mentalement.
Ils réapparaissent sur une prairie éclairée d’un franc soleil souriant, où moutonnent des collines fleuries, couronnées de pierres levées plus ou moins droites, d’où partent des arc-en-ciel. Des ruisseaux rigolant en coulent, qui mènent à un vaste lac, reflétant une fête joyeuse et nocturne. Au centre, une île couverte d’arbres en fleurs, d’où émerge un toit blanc.
Tano espère les amener jusqu’au cerf blanc. Malheureusement, tout le décor a changé. Ils comprennent maintenant pourquoi les elfes n’habitent pas simplement dans la Sylve. Menés par un optimisme forcé, ils vadrouillent au hasard en suivant le demi-elfe, à la recherche d’un hypothétique cercle de champignons. De Heïdi et de sa mère, impossible de dire laquelle des deux hallucine le plus, totalement dépassées par les évènements.
Ils passent sous une guirlande de lianes, à laquelle pendent des écorces peintes de visages grimaçants, des symboles ensanglantés tressés, et de petites poupées d’ossements. Des sous-bois proviennent des ricanements sardoniques, et le bruit froufroutant d’ailes de chauve-souris géantes. Curieusement, la rencontre avec ces inconnus ne les inspire pas, ne leur semble pas propice. Ils prennent les jambes à leur cou, fouettés par les ronces, arrosés par une pluie d’épines acérées trempées dans du poison féerique, projetées par leurs adversaires. La mère et Magdalena titubent, soumises à des hallucinations effrayantes, mais sont rattrapées par d’autres membres du groupe.
Essoufflé, perdu, désespéré, Tano se met à crier le nom de sa mère à tue-tête. Un curieux volatile aux ailes de papillon, un dragon fée, borgne, dévisage le demi-elfe. A-t-il reconnu l’interjection ? Est-il ému par le ton ? Dérangé par le bruit ? Impossible à dire : il parle beaucoup trop vite pour qu’ils comprennent quoi que ce soit. Quand Tano lui explique ce qu’il veut, le dragon fée a l’air d’y saisir quelque chose. Mais quoi ? En tous cas, il leur fait signe de le suivre. La clairière où ils arrivent comporte au centre un vestige du quartier royal de Brenhaven, désormais remplacé par la Sylve, une borne indicatrice, entourée de pavés. À son pied, des fleurs vert-bleues. Le dragon fée gesticule dans leur direction, et Tano n’hésite pas : il en mange une. Il est frappé de vertiges, et son ombre en profite pour filer. Une de perdue… Le dragon fée borgne hausse les épaules (ou les ailes), et lui mime qu’il faut les renifler. Ce qu’ils font tous.
Ils apparaissent dans une autre clairière, en tous points similaires, si ce n’est que la borne a disparu, et qu’à la place pousse un buisson de bruyère rouge. Ils se doutent qu’il suffit de sentir ces fleurs pour rentrer. C’est à peu près tout ce qu’ils savent, car la forêt automnale cède rapidement la place à une épaisse canopée émeraude, de hêtres, châtaigniers, de chênes, d’aulnes, et d’if. Tanorivel prend de la hauteur avec ses ailes. L’horizon, entre les nuages, laisse deviner une mer de mercure, ponctuée d’îles bénies (ou pas), flottant dans les airs, raccordées de torrents argentés. La forêt ne semble pas avoir de fin. Il aperçoit une farandole de grandes lumières ou de flammes, au sommet d’un arbre titanesque.
Avec sa description, Magdalena en conclut qu’ils sont dans le plan astral. Ses explications sont floues, mais ce n’est pas étonnant. Depuis les grandes révolutions magiques de la fin de l’Empire, les mages ont perdu de nombreuses données. Elle indique que le plan astral est un sas, un endroit transitoire, entre le plan primaire où se trouve Archéon, et la roue des plans extérieurs, où vivraient les dieux et les âmes des morts. Le plan astral est fait des pensées, conscientes ou non, des individus lorsque sa frontière est proche, et des peuples entiers quand on s’y enfonce. On peut donc y croiser des personnages historiques remémorés par leur nation, des rêves mouillés, des œuvres artistiques qui ont pris vie, des créatures de fables, des mentalistes en train de méditer, les psychoses d’un fou, des créatures prédatrices de pensées (comme les flagelleurs mentaux), la version idéalisée d’un lieu ou d’un concept, comme une machine abstraite reflétant la Loi, des démons ou des anges… Pour le péquin moyen, c’est juste l’endroit où vivent les fées. Les visiteurs de ce plan, quand ils viennent d’Archéon, ont le plus souvent une cordelette d’argent qui les relie à leur corps, parce qu’ils s’y trouvent uniquement sous forme astrale. Ce n’est pas leur cas. Ils sont à la merci de tout hiatus de leurs pensées. Généralement, les lieux/îles y sont raccordés par des chemins argentés, mais il n’y a rien autour d’eux.
Voilà l’été !
En suivant leur besoin de trouver une source d’eau, ils parviennent à un plan d’eau marécageux, planté d’herbes sèches. Amaury se demande bien ce qu’il y a dedans. Isolde suggère que cela pourrait bien être un kraken, et l’eau commence à s’agiter, pleine de bulles. Pas assez curieux pour mourir, Magdalena et Schäffer les éloignent rapidement. Tano, dépourvu d’idée pour les faire avancer, indique à Amaury ce qu’il a vu. Le prêtre de la Flamme espère tomber sur les rêves de ses fidèles, voire la Flamme elle-même. Ils suivent sa volonté, et le paysage se fait plus chaud, tout en restant forestier. De certains troncs pendent des pommes, grandes comme des coffres, et Isolde s’en coupe un quartier. Un goût inimitable, mais sa peau devient verte. Il s’engagent dans l’été, alors que Tanorivel cherche sa marraine, une fée du printemps.
Ils débouchent sur une vaste clairière entourée de gigantesques arbres aux troncs tourmentés, dont les nodosités servent d’habitations ou de brasiers scintillants, tandis que des châteaux faits de branches tissées pendent de la canopée. Un groupe de femmes volantes, aux voiles diaphanes, couronnées de lumière, aux colliers de céréales, descendent des branchages. Seule l’une d’entre elles parle la langue du Godan, mais ce n’est pas la plus aimable, et elles ne cessent de s’interrompre mutuellement. Ils doivent assurer qu’ils ne sont pas envoyés par les elfes. Elle accepte de lever le sort de localisation que subit Heïdi. Ils comprennent que ce groupe de fays, la Cour de l’été, déteste les elfes, à cause d’une abomination liée à l’essence draconique de leur forêt, la Nariamorién. Les elfes naria seraient différents des autres elfes. Ils auraient renié leurs dieux, pervertis les esprits de la nature, et ils réduisent les fays en esclavage. Leur plan, pour les éliminer, n’est pas clair, mais manifestement brutal. Ils annoncent que la Chasse sauvage sera balayée par les feux joyeux de l’été. Réjouissants pour tout le monde ? Elle rétorque que cela fait des millénaires que l’empire du Godanéryon rase leurs bois, oublie leurs fables, et élimine les leurs. Ils mériteront ce qui leur arrivera.
Pas trop impressionnés, ils continuent à leur poser des questions. Elle explique que l’enfaytement implique de projeter dans l’esprit de la victime les souffrances de créatures féeriques torturées par du fer froid, ce qui lave complètement le cerveau. Et à chaque fois que l’enfayté nuit à un elfe, directement ou non, il subit un rappel de cette souffrance. Elle ne connaît pas de moyen de guérir cet état.
Mais une des autres iele prend la parole, et elles commencent à se disputer. Est-ce que le plan de tout raser, et les éladrins reconnaîtront les leurs, est partagé par tous les fays de l’été ? En tout cas, elles n’apprécient pas du tout que des étrangers viennent semer la zizanie dans leurs rangs. Et d’un geste brusque, ils sont projetés à travers les songes, dans un torrent mercuriel, qui les épuise mentalement.
Ils réapparaissent sur une prairie éclairée d’un franc soleil souriant, où moutonnent des collines fleuries, couronnées de pierres levées plus ou moins droites, d’où partent des arc-en-ciel. Des ruisseaux rigolant en coulent, qui mènent à un vaste lac, reflétant une fête joyeuse et nocturne. Au centre, une île couverte d’arbres en fleurs, d’où émerge un toit blanc.
Le monde réel, on ne peut pas vivre avec, mais on ne peut pas vivre sans.