Pour moi qui bosse régulièrement avec des enfants et des adultes autistes et ai une nièce atteinte d'une forme un peu sévère, fatalement j'ai levé régulièrement mon sourcil en voyant beaucoup de gens sur Reddit ou d'autres réseaux sociaux se labelliser autistes après auto-diagnostic ou diagnostic par des coachs de vie dont c'est le fond de commerce.
Évidemment si on considère que c'est un spectre, suffit de rendre le spectre assez large pour que des gens puissent se reconnaitre sur des traits autistiques tout en étant quand même capables d'utiliser un clavier (ce que ma nièce ne peux pas faire par exemple) pour en parler sur le net.
Faut reconnaitre que les limites de l'accès aux spécialistes rend difficile la réelle introspection ainsi que la relativisation, sans être impacté par ce qu'on lit ailleurs pendant tout le temps avant d'être enfin vu.
Ce que j'apprécie quand même dans les discussions que soulèvent les nombreux diagnostics de TSA légers, c'est que la société semble accepter un petit peu plus chaque année le fait qu'en fait le cerveau des gens différents marche de manières différentes.
La part de génétique impliquée est de plus en plus reconnue et établie, déjà.
Mais les réseaux sociaux (y compris dans leurs formes anciennes comme les forums

) aussi permettent aussi de faire des liens via des intérêts qui vont spontanément nous rapprocher de personnes avec des configurations neuropsy plus similaires, l'idée d'une surreprésentation des mécanismes assimilés à des aspects du spectre autistique fait tout à fait sens à mesure qu'on s'enfonce dans des passions plus
de niche, et va se cultiver davantage à mesure qu'on réplique des comportements qu'on voit dans ces nouveaux cercles.
Y'a une question de perception de la société aussi.
J'ai du mal à croire qu'une personne rôliste qui sache faire la différence entre deux éditions de Traveler rien qu'en voyant la fiche de perso présente un trouble neuropsy, alors qu'un fan de football capable d'identifier l'année d'une photo de footballeur sur base du maillot elle n'aurait pas un trouble neuropsy.
Y'a quand même un type qui se fera plus souvent inviter sur les plateaux de télévision, l'autre y'avait la police qui surveillait ses activités dans les années 90...
Bref, j'espère qu'on va continuer de mettre plus en valeur les variations dans les psychés et intellects et essayer de s'en enrichir plutôt que de pathologiser (pour ça que le terme "neurodivergence" me plait plus personnellement, y'a l'idée d'une déviation par rapport à une norme qui est pas adéquate c'est possible, mais pour moi y'a plus une arborescence de constructions neurocognitives).
A titre personnel je pense que beaucoup de choses qui sont décrites comme des troubles (autistiques, attentionnels, émotionnels...) sont aussi des réactions qui en fait sont normales, naturelles, peut-être saines pour certaines d'entre elles, à ces stimuli assez rudes que nous donne la société alors qu'elle évolue. On est passé de chasseurs/cueilleurs épars à une surpopulation d'êtres hyperconnectés dans un environnement altéré en moins de 10 000 ans, nos cerveaux ne sont pas tous prévus pour gérer le monde actuel comme on le demande actuellement à toute la population. C'est peut-être un truisme, mais pourtant on continue de faire semblant...