HERETIQUES
Leonardo Padura
Je ne connaissais pas du tout Leonardo Padura et son héros, Mario Conde, l’ancien flic devenu bouquiniste qui traque les vieilles collections des descendants ou « héritiers » de bourgeois de l’ile de Cuba. Bien que ce livre ne soit pas le premier d’une série, mais le huitième ou le neuvième livre, il se lit sans difficulté et sans avoir besoin de connaitre toutes les aventures de Mario Conde. Et, plus qu’un livre, c’est trois romans regroupés en un que nous offre Leonardo Padura.
Cuba, 2007. Mario Condé crève la faim, dans l’attente de trouver une nouvelle bibliothèque oubliée de Cuba qui pourrait satisfaire des étrangers aux poches bien remplies. Alors, Mario fait ce qu’il fait de mieux : il traine ses guêtres, recherche du soutien et de l’aide de ses amis, avec lesquels il partage une bouteille de mauvais rhum haïtien, en se souvenant des raisons qui l’ont poussées à devenir ce qu’il est. Mais un jour, il reçoit un message de l’un de ses amis de longue date qui a dû quitter Cuba pour émigrer aux Etats-Unis, qui lui recommande d’accepter la mission que doit lui donner un jeune américain, venu chercher à comprendre l’histoire de sa famille, de son père, juif, arrivé sur l’ile chez son oncle avant 1939 et de sa famille qui a quitté l’Allemagne en 1939 dans un bateau qui, après avoir accosté à Cuba, n’a pu leur permettre de descendre et d’échapper aux nazis. En effet, la famille possédait un tableau, plus précisément une étude de Rembrandt, depuis la fin du XVIIème siècle, avec lequel les parents du père du jeune américain sont venus d’Allemagne et qui, visiblement, a changé de mains dans les eaux cubaines contre l’espoir, déçu, d’accoster. Ce tableau a été retrouvé mis aux enchères à Londres et l’américain veut comprendre l’histoire de sa famille, de leur arrivée à Cuba mais, surtout, de leur départ et des conditions de ce dernier.
Le second roman dans le roman raconte l’histoire d’un jeune juif qui, dans l’Amsterdam du XVIIème siècle, décide de devenir peintre et élève chez son idole, Rembrandt, alors même qu’il existe un interdit sur la pratique de la peinture imposé par la foi, dans une Amsterdam capitale de l’espoir des juifs mais, subséquemment, lieu d’intolérance cultuelle.
Le troisième roman commence lorsque l’un des membres de l’américain, quelques mois après le départ de ce dernier, vient trouver Mario Conde pour enquêter sur la disparition d’une jeune fille de 18 ans, libre et libertaire, bien décidée à ne pas se laisser enfermer dans le carcan cubain. Conde a beau ne plus être flic, il reste néanmoins un curieux qui, impressionné par la jeune fille, essaie de comprendre ce qui a bien pu se passer.
Les enquêtes sont relativement secondaires dans ce livre : elles n’ont réellement d’existence que dans la troisième partie et la « révélation » n’en est pas vraiment une. Mais bien plus que les enquêtes, ce qui intéresse, ce sont les développements autour du positionnement de Conde, de ses choix, de ses doutes, de sa vie, de sa réalité cubaine, de sa sagesse et de ses enseignements, qu’il donne avec plaisir mais sans trop le savoir.
J’ai vraiment beaucoup apprécié ce livre qui, tout au long des 700+ pages qui le composent, reste passionnant, envahissant, touchant et source de réflexion. C’est beau, avec une poésie du rien, du peu, du quotidien, des personnages que l’on aimerait connaitre ou entendre plus, le plus souvent. Une très belle découverte et, assurément, jusqu’à présent, mon livre de l’année.